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  • Archives pour la catégorie « VUES DE PARIS »

    Après le « Coeur a ses raisons », « les Bobos »!

    Lundi 23 avril 2012

    Par Philippe Vecchi

    Après la série parodique démentielle «le Cœur a ses raisons», les stars québécoises Marc Labrèche et Anne Dorval reviendront à l’automne dans «les Bobos»!

    Photo: Anne Dorval et Marc Labrèche – « Le Coeur a ses raisons »

    Si vous avez raté l’entrée passez par la sortie: on a toujours adoré la série «le Cœur a ses raisons» (diffusée de 2005 à 2007 sur la plus riche chaîne privée québécoise, TVA, sorte de TF1). Deux des plus grandes stars comiques du Québec s’y sont brillamment illustrées, ce que vous allez revoir via notre coup dans le rétroviseur, mais la nouvelle bouillante est la suivante: les mêmes Marc Labrèche et Anne Dorval s’apprêtent à jouer dans une émission à sketchs sur Télé-Québec, assurée d’un carton événementiel national. Intitulés «les Bobos» (même signification qu’ici, «bourgeois bohèmes»), les 26 shows à venir se foutront de la gueule d’une classe sociale réplicante par le truchement d’un couple branchouille, très à l’aise financièrement, affichant des idéaux de gauche tout en pédalant dans la semoule «post-yuppie». 1) On peut s’attendre au meilleur du grand n’importe quoi, mais calibré à la virgule près; 2) peut-être y aura-t-il une reprise française sur la TNT, comme ce fut le cas pour «le Cœur a ses raisons» (NRJ 12, puis carton en prime-time sur MCM), brûlot gondolant sur lequel il nous brûle instamment de revenir…
    Laïus: «Amour, gloire et beauté», «les Feux de l’amour» et «Santa Barbara», de par leur infernale durée de vie et leur facture impayable, ont de tous temps été l’objet de parodies, toute la difficulté étant de repasser une couche d’absurde sur des murs dégoulinant de crétinerie risible. Là où les Nuls excellèrent, une noria d’amateurs se plantait à vouloir parodier ce qui, de façon intrinsèque, relève déjà du pastiche sirupeux. C’est d’ailleurs tout le miel des soap-operas américains que de transformer le feuilleton sentimental en fiction-purée Mousseline, dans laquelle fourrer ses doigts sans jamais tomber sur rien de consistant. Caractéristiques: les personnages y (ré)agissent en boucle, cela pourrait durer deux mille ans et on y parle un méta-langage spécifique, «le savon». Les dialogues s’envolent, éclatent en plein néant comme les bulles d’un roman-photo insane, blop-blop, et c’est bien ce qu’ont intégré les Québécois qui, eux, traduisent franco de port soap-opera par «opéra-savon». Une appellation contrôlée aujourd’hui au Canada par Marc Brunet, créateur du «Cœur a ses raisons», et cette fois scénariste des «Bobos» tant attendus. Rien, dans cette série mémorable, ne manque à l’appareillage burlesque: les frères jumeaux Brett et Brad Montgomery (interprétés par le même Marc Labrèche, absolument idéal, donc probablement trop pour le cinéma français qui l’a raté en beauté en ne lui offrant pas sa chance -pitoyable erreur ) se tirent la bourre pour le contrôle d’un empire familial fondé sur la vente de produits… cosmétiques.

    Photo: Anne Dorval et Marc Labrèche – « Le Coeur a ses raisons »

    D’entrée de jeu, le serpent se mord violemment la queue, puisqu’on parle «en savon» de savonnettes et autre chirurgie esthétique, d’amours impossibles et de trahisons obligatoires. Sous-titré «Amour, Gloire et Botox», «le Cœur a ses raisons» aligne en parallèle des protagonistes féminins physiquement refaits de 20 à 100%. Imaginez maintenant que chaque séquence démarre avec une flopée de fleurs en amorce et leur muzak d’ascenseur, que les acteurs imitent la bouche en cœur ce fameux accent français «vu à la télévision», et que toutes les strates parodiques s’empilent jusqu’au fou-rire en boucles serrées. Monty Python, Nuls, gags poids-lourds à la «Police Squad» des Zucker-Abraham-Zucker, emprunts faits à Mel Brooks, pour une intrigue sans fond ni fin qui, bien entendu, compte moins que le contour caractéristique des personnages: Criquette la reporter hystero en total sur-jeu (la topissime Anne Dorval), Crystale la mère botoxée «Elephant Woman», Madge la bonniche extirpée de «la Cantatrice chauve» là pour ramasser claques sur baffes, c’est-à-dire la totale delirium tremens au pays de la surprise permanente et du délassement télévisuel. Suite à ce climax de rigolade intense, c’est peu dire qu’on fond d’avance pour «les Bobos», dont on vous signalera en temps et en heure la date de lancement précise l’automne prochain, ainsi que l’adresse du site sur lequel streamer légalement la juteuse affaire. En attendant: séance de rattrapage furieusement recommandée des trois saisons du «Cœur a ses raisons», toujours disponibles en France en coffrets DVD. Rien que du bonheur.

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    « Work it »: on a déjà marché sur la série américaine la plus nulle de l’année

    Lundi 19 mars 2012

    Par Philippe Vecchi

    C’est fait, on a trouvé la série américaine 2012 la plus fulgurante. Pas au sens où elle vous laissera à genoux, mais parce qu’elle n’aura duré que le temps éclair de… deux épisodes. Et s’il y a bien une information dont on est certain, c’est que ce “Work It”, tirant dans la catégorie “sitcoms” avec faux rires hystériques à baffer dialoguistes et créateurs, vous n’en verrez jamais la moindre trace à la télévision française, ni même québécoise.

     

    Elle aura beau faire le tour du monde des marchés de la production discount, avec ses six épisodes pourtant tournés, que personne ne s’arrêtera jamais nulle part, pas même pour marcher dedans du pied gauche. Un symptôme somme toute assez courant d’un système de création et de diffusion qui, aussi bien au cinéma (avec ses sorties directes en DVD sans passer par la case France) que dans le cadre des séries nouvelles, fournit son lot de productions directement balancées aux ordures à relents bouseux de Berezina coûteuse. Parallèlement à cette cata, on apprenait la grande nouvelle du mois: le Canadien David Cronenberg lance enfin sa propre série, « The Hollywood Reporter », dont il sera aussi le réalisateur et le producteur exécutif, en somme l’homme-lige détenant toutes les clés de nos attentes éperdues. Après son film assez académique Freud versus Yung, on y suivra cette fois les pérégrinations du chirurgien du XVIIIème siècle, John Hunter, auteur de découvertes sur le corps humain mais avec des méthodes très hétérodoxes et pour le moins radicales. Revoir « Faux-semblants », avec Jeremy Irons dédoublé en gynécologues jumeaux.

     

    Portrait de David Cronenberg

    Mais revenons vite fait à notre brebis galeuse. Comme c’est notre cas, il faut être à cette heure sur le continent nord-américain pour l’avoir vue filer à la vitesse de la lumière en direction des égouts de la fabrication à la chaîne. Lancée le 3 janvier 2012, “Work It” était retirée de l’antenne le 13. Quelle performance ! Deux petits tours de piste sur ABC, l’un des plus gros networks du pays où il faut assurer d’amples audiences, et on est passé de 6 pauvres millions de téléspectateurs pour l’épisode 1, à 5 millions au compteur de l’épisode 2, les pontes du la chaîne refermant cash leur piège à grizzlis.
    Pas facile de s’incruster dans la masse des fictions à prétentions comiques, surtout quand on joue sur la crise économique qui déprime une ville, Saint Louis, où l’emploi revient majoritairement aux femmes, ce qui pousse le héros et son meilleur ami à se travestir en rombières pour trouver un boulot de représentantes pharmaceutiques.

    Photo: L’acteur principal oubliable de « Work it »

    C’est d’un goût à peu près aussi sûr que d’envoyer des usuriers qui cognent chez des familles déjà à la rue. On sent bien que tout le monde s’est emmêlé les pinceaux, et que le responsable fiction qui a fourvoyé ABC dans cette impasse doit aujourd’hui apprendre à nager avec des chaussures en marbre. Critique impossible : c’est vraiment trop nul. Un rire toutes les sept secondes pour une réplique à pleurer : voici l’histoire édifiante du papillon éphémère qui ignore qu’il n’a qu’une journée à vivre et trouve le moyen, en plus, de se faire becqueter à 7 heures du matin. Le con…

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    « Dexter » saison 6 débarque sur Canal+ avec un duo de psychopathe et leurs démons apocalyptiques

    Mardi 6 mars 2012

    Par Philippe Vecchi

    Pour peu que l’on connaisse modérément la génèse de “Dexter”, on est conduit à penser qu’elle doit son existence au créateur James Manos Jr. Mais c’est en scrutant d’un peu plus près le générique, inchangé depuis le 1er octobre 2006 sur la chaîne Showtime, que l’on pointe vite du regard la réalité factuelle: Manos apparaît en septième position pour avoir “développé pour la télévision”- et non “créé” – une oeuvre basée sur le roman “Darkly Dreaming Dexter”, signé de celui dont le patronyme apparaît immédiatement après, l’écrivain de polars Jeff Lindsay. Ce rafraîchissement de mémoire ayant permis de rendre à César ce qui, dans l’esprit du public, reste prêté à Césarion, un point sur l’aspect littéraire des opérations : sans Jeff Lindsay, pas de Dexter Morgan sur petit écran (et, si tout se passe bien, dans un long-métrage de cinéma prévu au terme de la huitième et dernière saison).

     


    Dexter, ce personnage de serial-killer multifacettes, appointé par la police criminelle de Miami en qualité d’expert en médecine légale, spécialisé dans l’analyse des traces de sang. Pas celui qu’il fait jaillir du corps de ses victimes coupables d’actes abjects, ensuite découpés hors champ puis balancés dans l’océan Pacifique au large de Miami dans des sacs-poubelle. Dexter Morgan, c’est la perfection du monstre glacial et du professionnel imprenable, capable de retracer en quelques minutes les derniers instants de vie des victimes des serial-killers qu’il pourchasse sans relâche, au motif qu’ils ont l’impolitesse de venir hanter chaque saison de 12 épisodes.

     


    Une pointure telle que l’a fait apparaître Jeff Lindsay un beau jour de 2004 dans “Ce cher Dexter” (traduction non littérale du titre sus-mentionné), sans préjuger le moins du monde que le prénom de son héros deviendrait une marque télévisuelle indélébile. Alors quand, comme nous, on est totalement toqués de cette série sans équivalent dans l’histoire, rencontrer Jeff Lindsay, c’est un peu, a priori, comme tenter le concours d’entrée à Normale Sup en sortant directement du CM2: soudain survient l’angoisse de radoter des questions-balivernes posées un milliard de fois, jusqu’à le rendre furax au point de finir bouffé tout cru dans son assiette. Confusion spatio-temporelle d’un instant entre l’inventeur d’un personnage d’une puissance morbide absolue, et l’artiste de grande taille à corpulence de bon vivant qui nous fait face, ne demandant qu’à déconner plein pot. Jeff Lindsay nous apparaît relax et hâlé comme le citoyen de Miami qu’il est depuis sa naissance, le 14 juillet 1952. Cet écrivain de grand talent, aujourd’hui édité en France par Michel Lafon (1), n’affichera pas une once de prétention : il ne demande d’ailleurs qu’à passer inaperçu, lui qui naguère soupa de sa notoriété de présentateur de télévision. Son plaisir se trouve ailleurs, à Miami, sa ville de coeur et de sang, où il vit heureux en famille, répondant à la question “Etes-vous riche?” d’un “Non, pas vraiment” sincère. En remontant le cours de l’histoire, on apprend qu’il a vendu les droits d’exploitation du personnage, ainsi que les deux premiers romans d’une série de six, best-sellers sur le continent américain – et ce sans pouvoir exercer le moindre droit de regard sur la série, dont vous allez découvrir sur Canal+ la saison 6. Le débat fera fureur entre exégètes pour savoir si la saison 4 (avec l’assassinat éprouvant de l’épouse de Dexter) est meilleure que cette dernière fournée, entièrement axée sur un duo masculin de psychopathes fous furieux, rivés à l’idée de fin du monde et gavés de préceptes apocalyptiques.

     


    Ils commettent leurs forfaits ignobles, mais lavés de tout scrupule par leur réinterprétation orientée de la Bible. Plus immondes les uns que les autres, les assassinats sont mis en scène selon un ordre scrupuleux que Dexter va entreprendre de décoder, en même temps qu’il se rapproche, pour la première fois déstabilisé, de la question du christianisme, par l’intermédiaire d’un ancien voyou devenu pasteur, interprété par le remarquable rappeur Mos Def. 2012, c’est donc l’année de toutes les questions métaphysiques et mystiques pour celui qui ne “ressent” rien d’humain, hormis l’amour qu’il porte à son fils Harrison et celui de sa soeur, promue lieutenant à la surprise générale. On ne vous gâchera pas le suspense en poussant le bouchon plus loin, pour vous laisser découvrir ce que nous considérons comme le nouveau climax d’une série qui ne lasse pas de surprendre, avec ses cliffhangers de choc et un Michael C. Hall (Dexter) plus impressionnant que jamais. Après sa performance dans la série “Six Feet Under”, en patron gay d’une entreprise de pompes funèbres, il se situe désormais pour nous à la même hauteur que les plus grands acteurs hollywoodiens, pas très loin d’un Christopher Walken, c’est dire… Un rôle duel, d’ailleurs, puisque rien ne saurait exister sans la double lecture apportée par la voix off de Dexter – qui contredit sans cesse son attitude placide -, cette face noire et tranchante d’un discours public dénué d’aspérités autres qu’un vague sourire arboré mécaniquement. Et c’est pris en étau entre un personnage de serial-killer justicier sans pitié et son inventeur débonnaire, homme de plume qui n’a jamais écrit autre chose que “du Dexter”, que nous terminons cet inventaire par quelques propos apéritifs sur le choix prodigieux de Michael C. Hall. Jeff Lindsay : « Quand j’ai appris, à l’époque, que Michael C. Hall incarnerait Dexter, j’étais littéralement effondré… Bien entendu, je l’avais vu jouer David Fisher dans “Six Feet Under”. Je l’avais trouvé parfait, mais ce qui émanait de lui ne me semblait pas du tout correspondre à l’ultraviolence intrinsèque du personnage de Dexter. Il y était assez fluet, timide, et je m’étais déjà fait à l’idée que le rôle irait comme un gant à Johnny Depp. Dexter, c’est l’innocence perdue depuis la prime enfance, un homme qui navigue entre deux mondes, le réel qui l’accable et le sien, fantômatique, horrifique, où il dialogue avec son père décédé. Un serial-killer sympathique, je précise: Dexter ne pouvait pas tuer des agents immobiliers ou des huissiers, la pilule ne serait jamais passée. Il fallait donc qu’il élimine des criminels. Puis je me suis rendu sur le tournage de la série. J’ai alors vu un Michael transformé, qui avait fait de la musculation. Scié par cette métamorphose et ce regard terrifiant, j’étais là, avec ma fille de 8 ans. Elle jouait sur le plateau, et elle est revenue en courant vers moi pour me dire: “Papa, j’ai eu de la chance, Dexter ne m’a pas mangée! C’est là que j’ai compris que le choix de Michael était idéal, ce que la suite a confirmé.” Fin de la conversation, avec cette hypothèse plausible : et si Michael C. Hall décrochait un jour un oscar ? Rendez-vous dans quelques années, quand le très grand public aura intégré qu’il tient, avec cet homme ambivalent, un king of comedy absolument grandiose.

     

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    « Episodes », la série festive qui ressuscite enfin Joey de « Friends »

    Samedi 24 décembre 2011

    par Philippe Vecchi

    Photo: Série « Épisodes »

    Inutile de tourner autour du pot, autant torpiller direct tout le miel: cette série que la France découvre est un enchantement. A l’extrême limite, on pourrait concéder que le premier épisode d’«Épisodes» (rigolo, non?) n’est pas exempt de langueurs monotones, motivées par une mise en place très collet-monté, au pays de Queen Mother. Un contraste vite bienvenu puisque « Episodes » va fissa changer de braquet pour mener au choc frontal, faux-cul, gondolant, vulgaire mais finaud, d’un couple de créateurs d’une série britannique à succès, les Lincoln, avec l’ex-star américaine des 236 épisodes du mythe de poche «Friends»: Joey -ou plutôt l’acteur Matt le Blanc (qu’on adore) dans son propre rôle, mais doté d’une morale foireuse et d’un sexe à mortifier Rocco Siffredi. Avec le héros de « Hung » (cf. nos « archives » récentes), la mode semble décidément à la fantasmatique éléphantesque. Imposé comme héros de l’adaptation américaine de la série british par un diffuseur aussi cinglé que puissant, Matt n’a accepté que pour l’argent. Autant dire qu’il ment comme un arracheur de dents sur ses motivations réelles, qui le poussent parallèlement à culbuter dans son intérêt propre toute femme à velléités sexuelles. La production invite donc le couple upper-middle-class droit dans ses bottes à Beverly Hills, afin de couder son concept aux habitudes des téléspectateurs du Minnesota, du Texas et de Plouc-Land, où il faut bien que le très grand public percute lui aussi, même avec un QI pointure 38.
    En somme, sous couvert d’être accueillis comme les nouveaux rois du monde, hébergés dans une demeure rococo frimeuse, ils seront les pigeons crétinisés d’un traquenard en 3D. Et c’est le coup d’envoi d’ une très drôle première salve de 7 épisodes (à retrouver pour l’heure en streaming), désossant avec finesse et vice le pire système hollywoodien, celui qui vous dénature tragiquement votre fiction en vous expliquant avec un sourire de hyène ultra-bright que: 1) il serait tellement mieux que le personnage de la lesbienne ne le soit plus et tombe amoureuse de Matt; 2) que la bibliothécaire censément (f)rigide se transforme en bimbo « open bar », avec total look Miami de fausse blonde botoxée. «Episodes», c’est l’histoire d’une montée en vrille jubilatoire et clairvoyante sur ce qui opposera toujours la mécanique des studios aux auteurs indépendants, rituellement dépouillés de leurs idées et floués en profondeur.
    La chaîne britannique BBC 2 et l’Américaine Showtime se sont associées pour le meilleur (la saison 2 alignera, elle, 9 épisodes), signant par là-même le retour fracassant de Matt le Blanc à la télévision, les cheveux grisonnants, touchant d’intelligence fourbe plaquée sur un mur d’idiotie rustique. Présentée en septembre 2011 au festival de Deauville par la société française Orange de et son bouquet télé, cette oeuvre a été créée par… la co-inventrice de « Friends », épaulée par un scénariste hors-pair de l’inoubliable série 90′s « Dream On ». Et soudain, voilà que tout s’éclaire…

    Joyeux Noël à tous!

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    « Hung »: une série américaine haut de gamme au héros singulièrement bien « outillé »

    Mardi 29 novembre 2011

    Par Philippe Vecchi

    Étonnant de constater que certaines séries à fort charisme ne passent pas la rampe des chaînes hertziennes, pour rester cantonnées à des niches, soit pour abonnés (en l’occurrence, Orange Cinemax), soit câblées (Série Club): “Hung” n’est visible que dans ces interstices du Paf, alors qu’elle mériterait d’irradier bien plus amplement. Il faut dire aussi que sa thématique majeure n’est pas spécialement recommandée pour un prime-time sur TF1, où elle serait quoiqu’il arrive interdite à une certaine catégorie de la population, enfantine sinon pré-adolescente, car c’est bêtement et simplement l’histoire d’un gigolo, un “gigolpince” comme on en fait encore, dans l’imaginaire global pour les dames âgées en panne d’amants compétitifs. Une pute-homme pour femmes-clientes, certes, ça le ferait moyen dans l’esprit de n’importe quel programmateur soucieux de ratisser y compris parmi les accros aux vertus de la bienséance.

    Cachez ce sexe que l’on ne saurait voir: autant il est usuel de s’administrer plein pot des scènes où l’on s’envoie en l’air avec, dans l’oeil de la caméra, des filles intégralement nues  (“Californication” en tête), autant vous ne verrez jamais d’un homme que ses dorsaux ciselés ou – grand maximum – un fessier travaillé en club de sport. Mais qu’on ne se fasse pas pour autant d’idées frelatées sur la façon qu’a “Hung” de filmer son héros, Ray Drecker. Jamais au grand jamais vous ne verrez l’instrument de ses méfaits sexuels. Et si certain(e)s en rêvent, c’est bien grâce aux contre-champs sur les payeuses qui découvrent “la chose”, dont on comprend très vite qu’elle est surdimensionnée, entre matraque de flic new-yorkais et anaconda adulte.

    On pourrait d’emblée en rire mais c’est presque à en pleurer: si Ray use de ses attributs dans le cadre d’un échange commercial, c’est parce qu’il est recouvert de dettes et d’emmerdes de première catégorie.

    Apparue à l’antenne US en juin 2009 et relayée dès le mois de décembre de la même année en France par Orange, “Hung” en est à sa troisième saison; et il nous faut reconnaître que, pour la suivre à la cadence américaine (c’est-à-dire avec une dizaine d’épisodes d’avance sur nos diffuseurs nationaux), on s’est pris au jeu d’une manière tout à fait magistrale. Ceci en étant bien obligé de se forger une opinion solitaire, vu que quasiment personne ne parle jamais ici des aventures de Ray, alors que plus le temps avance, plus le tempo de “Hung” grimpe de façon exponentielle.

    Saison 1: Ray voit sa maison brûler et il mettra toute son énergie à la rebâtir avec son salaire de professeur et ses appointements d’entraîneur sportif. Métaphore d’une reconstruction personnelle laborieuse voire impossible en l’état. Il aurait même pu devenir un excellent professionnel de base-ball, si la vie ne s’était mise en tête de lui asséner une blessure barrant définitivement ses ambitions. Il aurait pu aussi rester le mari d’une jolie blonde dont il est encore fortement épris, mais madame son épouse s’est fait la malle pour rallier le lit plus tendance d’un dermatologue friqué, quoique physiquement aussi fadasse que Ray, lui, est beau, la quarantaine venue.

    Carrure d’athlète et prestance classieuse, il ne lui reste plus que ses deux jumeaux qui ont pour trait commun d’être beaucoup plus gros que la moyenne, et infiniment plus torturés que n’importe quel élève WASP de bonne facture traditionnelle. Et
    c’est donc pour s’arracher de ce marasme infernal que Ray Drecker va sortir contre quelques centaines de dollars la prestation son artillerie personnelle, dans l’unique objectif de combler épouses frustrées, nymphomanes barjots et célibataires contrariées. Certaines sont carrément belles, d’autres moches comme tout, mais il “fait le travail”, encore et toujours. A cette nuance près que les clientes ne se trouvent pas sous le sabot d’un percheron.

    Sachant qu’il souhaite conserver un certain anonymat et le secret total auprès de sa famille, il s’allie pour la juste cause avec son amie-amante Tanya, brune pas très gironde mais suffisamment maligne pour remplir la fonction, même si elle a pour sale habitude de se fourrer dans d’insondables traquenards. Ajoutez à cela une rabatteuse de riches clientes prénommée Léonore, sorte de garce finie et ordurière prête à tout pour bouffer le monde, et vous avez une vue d’avion presque complète des protagonistes en mouvement. Ce qui ne vous dit pas grand chose des multiples revers de fortunes qui viennent étayer cette fiction attachante, émouvante parfois, rigolote à ses heures et imprévisible à coup sûr.

    On ne sait jamais sur quel pied danser ni ce qui va nous tomber sur le coin de la cafetière, mais ce dont on est certain, c’est que la troisième saison de “Hung” est une réussite implacable. Ce qui relève sans doute d’une forme de logique, puisque les affaires, elles aussi, roulent pile comme il faut dans la mesure où Ray et “sa” mac ont enfin trouvé la formule qui fait tilt et permet d’engranger les dollars désormais par poignées de milliers.

    Parviendra-t-il pour autant à reconquérir son ex-femme? Sortira-t-il ses enfants de l’ornière où ils sombrent? Saura-t-il contrecarrer les plans de Léonore qui pour commencer lui colle un jeunot concurrent dans les pattes? C’est ce que vous découvrirez à la télé en temps et en heure ou sur les plateformes de streaming, qui sont devenues autant de mini-cinémathèques modernes. Et comme Ray Drecker est professeur le jour, on conclura avec une note pour “Hung” qui, espérons-le, ne sera pas enterrée en fin de saison 3: 18/20. Ce qui reste encore bien en dessous des mensurations du héros de nos promenades Web hebdomadaires.

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    Remerciements à teleobs.com

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