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    Erotisme, cinéma porno, sexualités de foules: que faire du X en 2010?

    Mercredi, 27 janvier 2010

    Par Philippe Vecchi

    En avance d’un phénomène de masse, l’écrivain André Breton écrivit, un jour d’inspiration visionnaire, que «la pornographie, c’est l’érotisme des autres».

    Photo: Philippe Vecchi – Journaliste au Nouvel Observateur

    Un aphorisme d’une éternelle justesse. Car, autant l’érotisme semble refléter un classique trip bourgeois raffiné sagement transgressif, autant le porno reste d’une impureté diabolique aux yeux des citoyens puritains. Lobbystes bien-pensants ou censeurs septuagénaires décidant arbitrairement de ce qui est bon ou pas pour nous sur cette Terre où, à ma connaissance, on ne se reproduit pas encore par l’opération du Saint Esprit. C’est que depuis la nuit des temps, l’homme dispose de trois fonctions primaires: survivre, manger, se reproduire. Point final. Traduction contemporaine néo-libérale: tout citoyen aimerait vivre riche et heureux avec, dans son lit, dans sa vie, un maximum de belles femmes, même payantes. Ah oui, André Breton pensait donc que «la pornographie, c’est l’érotisme des autres». Ainsi donc, on avouera presque toujours aimer l’érotisme, très rarement la pornographie. Même s’il faut nuancer le tableau: un récent sondage Ifop a révélé que les Français assument beaucoup plus ouvertement qu’auparavant leur consommation d’images à caractère sexuel très explicite. Y compris en couples, chaque jour plus nombreux à voir ensemble des hardeurs marteaux-pilons posséder dans tous les sens des X girls débutantes jouant les femmes de chambre soumises pour 350 euros la journée. On est loin du temps où la blonde Américaine Traci Lords (… mineure pendant les tournages: scandale!) décrochait le prix de «la Plus grande actrice X de tous les temps».

    Photo: Traci Lords

    Mais attention, achtung everybody, on y revient, beaucoup de sondés se disent encore uniquement portés sur «l’érotisme», et pas du tout sur un cinéma «classé X» encore un peu honteux, en oubliant de déclarer que leurs envies profondes ont souvent tout de… pornographique. La nuit dernière, il n’est pas exclu que Jean-Sébastien Petitbois de Narbonne ait rêvé qu’il faisait torridement l’amour avec Anna Mouglalis, alors que Jean-Google de Québec se reveillait humide d’avoir virtuellement caressé la divine Megan Fox (que «le Nouvel Observateur» comparaît récemment pour son physique à… une actrice de porno!) Eh oui, mesdames et chers amis, tout cela est bien normal. Un homme couchant -c’est notre moyenne nationale!- avec moins de cinq partenaires au cours de toute sa vie, on peut supposer qu’il accumule les frustrations. Et, du même coup, les désirs personnels majoritairement refoulés (apprendre le Kamasoutra avec la Dorcel Girl Mélanie Coste, contempler à l’écran des créatures à jamais inaccessibles, découvrir de surprenantes pratiques, etc).Avec, d’après certains scientifiques, une différence nette entre les perceptions féminine et masculine du problème. Les hommes auraient une vision «parcellaire» (par «morceaux») du corps de la femme, à la différence des filles qui fantasment sur la globalité de l’enveloppe corporelle de leurs partenaires mâles. Il n’est peut-être pas inutile de préciser non plus que la durée moyenne du rapport sexuel des Français n’excède pas… quelque chose comme sept minutes, pour faire large. Et dire que la guêpe peut s’envoyer en l’air quatre jours d’affilée sans un seul break -même pas pour fumer une clope de pollen!- vous vous rendez compte…

    Photo: Megan Fox

    Deux premières conclusions un rien sérieuses s’imposent déjà. S’adressant dans 90% des cas au public masculin, la production porno internationale (naviguant en grande majorité de «médiocre» à «nulle») est donc filmée par des mecs pour les mecs avec gros plans gynécologiques alternés de tout ce que vous pouvez imaginer -sauf, évidemment, lorsque ce sont des femmes qui réalisent. Comme c’est régulièrement le cas du côté de féministes suédoises formant un courant en vogue, où des réalisatrices «traditionnelles» françaises, telle Laetitia Masson, réunies afin de mettre chacune en boîte un court-métrage X à destination de Canal+. «La chaîne du foot et du porno» en fit des tonnes dans la presse (avec succès, tout le monde tombant dans le panneau de l’alibi intello correct canaille), alors que le programme fut dans l’ensemble d’un ennui… mais alors d’un ennui… genre dimanche pluvieux à Tourcoing, mi-novembre, avec les frères Bogdanoff qui vous parleraient pendant cinq plombes dans la boue des différences entre les protons et les neutrons. Ma, qué mal de tête!
    Et peut-on parler de réel «mal de vivre» chez ces Français pour qui la sexualité représente une fraction importante de leurs pensées fantasmatiques? Certains réalisateurs spécialisés ont bien compris qu’il leur fallait égayer, enrichir, voire pallier les manques cruels de (télé)spectateurs adultes, pas franchement épanouis dans leur vie de couple. Ce qui ne transforme pas du tout ces consommateurs de pornos en hordes immondes d’affamés en manque, mais en consommateurs… inscrits dans une nouvelle norme. Ou plutôt une nouvelle donne, celle des années 2010… A suivre…

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    Le bilan des années 2000 à la télévision française, un roman éphémère

    Mercredi, 23 décembre 2009

    Par Philippe Vecchi

    Suite et fin…

    Bilan 2000 (5/7): la révélation
    Mélissa Theuriau pour «Zone interdite»

    Photo: Mélissa Theuriau

    Les animateurs, dans la perception du public, c’est comme les acteurs, les politiciens ou Michel Sardou: chacun son propre goût versatile. Début des années 2000, Jean-Luc Reichmann est «l’animateur préféré des Français», pendant que Nagui stagne au placard. Décembre 2009, Nagui est incontestablement «l’animateur préféré des Français», tandis que TF1 cherche à remplacer d’urgence l’émission de Reichmann, achevée à coups de talons frontaux par… Nagui. A part ça, inutile de chercher dans notre round-up tous les présentateurs apparus depuis dix ans. Comme les Gremlins, ils s’affolent partout dès que la TNT les arrose, ou sur le câble, votre téléphone, sous peu encastrés dans votre frigo. Une tendance cependant intrigue: quand ils ont le physique de Guy Lagache ou de Laurent Delahousse (ex LCI), les journalistes émergents ont la cote nationale, les chaînes info ayant beaucoup essaimé.

    Photo: Marie Drucker

    Il n’est que de situer l’actuel degré de popularité de Marie Drucker et Harry Roselmack (formés à I Télé par le même Bernard Zekri), ou encore celui de l’animatrice de «Zone interdite» sur M6 depuis bientôt quatre ans, celle vers qui va implacablement et ce depuis ses débuts sur LCI (via Jean-Claude Dassier) notre préférence de téléspectateur, Mélissa Theuriau. Concernant la plastique de cette jeune trentenaire -qui aurait pu devenir très vite riche si elle avait cédé aux sirènes des publicitaires japonais, français-, il serait injurieux de vous en faire l’article. Ce que l’on omet plus aisément, c’est que sa présence subtile à l’image, sa voix étrange, son goût pour le décryptage social en 9 mois d’enquêtes et son sens de l’interview clairvoyante, sont le pur produit d’un travail de soutier. Scotchée jusqu’à 24 ans à Grenoble, sa ville, pour décrocher deux diplômes liés à l’information et aux médias, elle remonte un à un les maillons de la chaine de fabrication des reportages. Pas vraiment le genre «cuillère en argent dans la bouche», Mélissa Theuriau; pas même un soupçon de cette grosse tête consubstantielle à la fonction. Juste le souci de faire la meilleure émission innovante possible (objectif atteint, de surcroît avec une moyenne de 4 millions de téléspectateurs rajeunis), en préservant sa vie privée auprès de son époux Jamel Debbouze, avec lequel elle a eu un fils et plein de paparazzi bourrins autour. Pour conclure, elle hommage directement sa corédactrice en chef, Valérie Troisier, le patron de l’info M6 Jérôme Bureau, mais aussi Alain de Greef (ex Canal+) et Bernard Zekri (ex I Télé et Canal) «qui me disent cash les choses, symbolisant le journalisme que j’aime». Au fait, ce ne serait pas aussi la fille qui a refusé le «20 Heures» de TF1 et le salaire éléphantesque qui va avec? Si. Et ça, c’est pour nous au minimum le Livre des Records, au lieu du Mérite agricole…

    Bilan 2000 (6/7): culture, humour
    Taddeï, «Groland Mag Zine» et le «Jamel Comedy Club»

    Photo: Jamel Debbouze

    «La représentation littéraire de la cruauté chez Kant» -épatant- sur France Culture, début décembre, était-ce vraiment à crever de rire? «Franck Dubosc s’enthousiasme pour le nouvel album de Dany Brillant» il y a peu chez Michel Drucker, sur Europe 1, est-ce encore de la culture? Certes, on ne vous fera pas avaler que rigolade et connaissance(s) du monde relèvent de la même école médiatique. Mais quand même. On aime bien lorsqu’un minimum d’humour contribue à étancher notre soif de culture (chez Pierre-Louis Basse par exemple, le samedi sur Europe 1), comme quand un brin d’esprit vient teinter ces stases de rigolade nécessaires à notre survie (de Alévêque à Foresti, sortis de «On a tout essayé»). Remonter une décennie de programmes culturels et humoristiques promettant d’être fastidieux, on en restera aux émissions de débat et de comédie en cours à la radio-télévision française. La culture? Avec la suppression de la publicité après 20 heures sur le service public, on devait en croquer par tous les bouts, au-delà de ce que Arte principalement nous propose. Sauf que voilà, notre intime conviction perdure que la radio conserve en ce domaine de belles longueurs d’avance. On reviendra très vite sur «Masse critique», la formidable émission du dimanche de France-Culture, non sans avoir ici pointé du doigt le talk-show télé qui nous sied. Pour la quatrième saison consécutive, France 3 a rempilé avec «Ce soir (ou jamais!)». Premier avantage, on sait d’emblée, en soupesant la teneur du débat, si l’on va rester ou pas. Et bien souvent, on campe devant: animateur rigoureux, passes d’armes vigoureuses et forte réactivité à l’actu, la quotidienne moderne de deuxième partie de soirée de Frédéric Taddeï est la meilleure surprise de cette fin des années 2000. L’humour? Alors là, compliqué de départager deux programmes de feu.

    Photo: Groland Magzine

    Par ordre d’apparition, «Groland Mag Zine» (plus de 15 ans d’existence) chaque samedi, en clair, sur Canal+, et le beaucoup plus récent «Jamel Comedy Club», sur la même chaîne mais moins souvent. Mon premier reste ce brulot politico-punk-pouët-pouët de haute volée offensive, avec Moustic devant, Benoit Delépine derrière, et au dessus notre président à tous, le grand Christophe Salengro. Mon second constitue la meilleure réponse des «minorités ethniques et sociales» au gros du troupeau. Du stand-up de banlieue défouraillé avec l’accent africain, arabe ou chinois, signalant l’émergence de Fabrice Eboué, Thomas N’jijol ou du hard-rockeur Dedo, et confortant aux commandes le virtuose Jamel Debbouze, dans un pays où l’on compte désormais deux comiques professionnels et pas un seul «intellectuel» parmi les cinq Français préférés des Français. Si ça, ce n’est pas une tendance tout à fait contemporaine…

    Bilan 2000 (7/7): ultimes beautés cathodiques
    Des canons du christianisme aux bombes sexuelles

    Photo: Megan Fox

    Bien sûr, on aurait pu clore notre récapitulatif des années 2000 à la télé française en martelant des évidences: 1) décennie Endemol de la télé-réalité contestée, du choc «Loft Story» au succès «Top à la bimbo-vachette!» «Secret Story»; 2) duels acharnés entre télé-crochets, la «Star Academy» (mise en sommeil) le disputant à «Nouvelle star» (mise en demeure de faire oublier le branquignol Soan), et «X Factor» sur W9 pour son animateur impeccable; 3) apparition de la TNT -premiers tests en 2005, 80% de la population couverte trois ans plus tard-, ces chaînes gratuites captant désormais plus d’un quart de l’audience gobale. On aurait dû vous parler encore de PPDA répudié, des insubmersibles mérous de «Thalassa», et même de sport (rien que l’arrivée de Pierre Ménès sur C+, la sous-utilisation de la troublante Christine Carnaud sur Infosport, ou l’invasion des débats sur le foot). Comme on ne saurait négliger l’intérêt croissant du public pour le courant documentaire. Mais s’il devait n’en rester qu’un, ce serait «l’Origine du christianisme» en dix volets et sa suite, «l’Apocalypse» (Arte Vidéo), de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, diffusés respectivement en 2003 et 2008 par la chaîne franco-allemande. Magnifique travail métaphysico-bressonien regroupant les meilleurs théologiens du monde. Et puis, on a réalisé qu’un baisser de rideau sur les femmes transcendantes de cette décennie serait le bienvenu. Pas les Françaises (n’en froisser aucune!). Bien plutôt, ces créatures de séries américaines qui font crescendo peur aux stars hollywoodiennes.

    Photo: Louise Bourgoin

    On a ainsi découvert une myriade de filles splendides, traversant «Nip/Tuck», «Dexter» ou «Las Vegas», cette dernière production propulsant Nikki Cox au rang de «girl next door» excitante de simplicité sexy. TF1 aura aussi révélé Yvonne Strahovski en agent de la CIA dans «Chuck», M6 la beauté d’apparitions latinos et métisses, Canal+ une ex-miss météo du «Grand Journal». Ok, on avait dit: «pas de Françaises», mais là, c’est différent. Quand François Cluzet vous prédit que l’éblouissante Louise Bourgoin ira loin au cinéma, zéro discussion possible. Pas plus que pour l’Américaine Megan Fox, actuellement sacrée plus belle comédienne du monde à 23 ans. Pas d’accord? Soit, il en va de votre libre-arbitre. Car devant tant d’éclats fantasmatiques, le nôtre ne sait même plus où donner du discernement…
    Ah si: joyeuses fêtes à tous!

    « Merci au Nouvel observateur » et Site du téléobs

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    Le bilan des années 2000 à la télévision française, un roman éphémère

    Lundi, 21 décembre 2009

    Par Philippe Vecchi

    Bilan 2000 (1/7): la série

    «Oz» de Tom Fontana

    Photo: La série « Oz »

    On sait bien qu’après lecture de cet article, premier d’une série longue comme les péchés capitaux de la blogosphère, il y aura controverses internes. Tirer le bilan des années 2000 à la télévision française, c’est courir le risque de fâcher les uns en frustrant tous les autres. Mais il faut bien se jeter dans la mêlée comptable, attraper partialement cette décennie des faux et vrais bugs en pointant ce qui subsistera, pour commencer, du triomphant rayon «Séries» (à 80% américaines en clair), après le règne années 90 des «Sopranos» (drama) et de… «Friends» (comédie). Ce clivage assez net a refait surface, avec l’émergence parallèle de productions hybrides haut de gamme telles que «Las Vegas», «Boston Justice» ou «Six Feet Under».

    Photo: La série « Las Vegas »

    Il serait vain d’énumérer tout ce que nous avons aimé («Dexter», «Mad Men», «Californication», «Sur écoute», «les 4400» produits par Coppola, «Deadwood» et pas mal d’autres), comme d’apposer ici tout à fait prétentieusement la mention «Meilleure série des dix dernières années». «La série», ça suffira. Et elle a un nom, deux lettres pour un total chef d’oeuvre criminel, passionnel, déchirant: «Oz» (1997/2003, six saisons en DVD Paramount). Oz, ou le pénitencier fictionnel le plus violent et expérimental des Etats-Unis. Pour vous donner une idée de notre frénésie idolâtre, ces quelque 60 heures de film à suivre impérativement en entier, dans l’ordre et en VO, on les a vues à trois reprises. Comme si, au global, on avait passé une semaine de notre vie à frayer jour et nuit avec le talent immense de Tom Fontana (créateur, auteur, producteur avec Barry Levinson, etc), petit génie italo-américain hébergé par la chaîne HBO. Mais attention les yeux, «Oz», c’est avant tout un trauma permanent. Il y a plus d’atrocités au cours du premier épisode que dans tout «Nip/Tuck»; un condamné italien retrouvé mort par le feu à l’isolement, moult sévices définitifs -comme le tatouage d’une croix gammée par un «Aryen» sur l’intimité d’un avocat naïf, l’un des pivots d’une noria de «héros» répartis en dix groupes religieux, raciaux, sociétaux. Ayant mariné six saisons dans le même jus mi-hardcore mi-allégé en pathos, les acteurs sont extraordinaires, certains devenant paradoxalement nos personnages «amis» (du chef des musulmans aux frères irlandais «no limit» O’Reilly), quand d’autres resteront des repoussoirs mortels (nazis, intégristes, un gouverneur républicain énorme de cynisme assassin, etc). Enfin, c’est peu dire que «Oz» roule contre la peine de mort. Il s’agit même de sa fonction-moteur dans un pays où les faits et statistiques carcérales atterrent. «Oz» n’aura pas changé le système, mais notre vie. Simplement parce qu’on n’attendait pas de la fiction télévisée en longueur quelque chose qui ressemble à du si grand cinéma.

    Bilan 2000 (2/7): la dvdphilie

    Meilleur éditeur DVD cinéma: MK2

    Photo: « Funny Games » de Michael Haneke

    La technologie aura si vite évolué au fil des années 2000 que l’on en a presque oublié que l’apparition officielle du DVD ne remonte qu’à 1995. Les maisons de production ont dû remiser la dégradable cassette VHS au bazar des antiquités instantanées; et puis graver, graver encore des montagnes d’œuvres filmées. Se pose ainsi la question qui divise: quelle société marchande, en France, aura le plus justement assouvi nos désirs de ciné-dvdphiles? Sur un marché où les prix de vente signalent une tendance baissière, renforcée par le succès des magasins cost-killers ou des magazines télé bradant des films populaires, l’offre reste assez optimale. La plupart des grands cinéastes patrimoniaux vivent bien leur nouvelle vie en DVD, mais il faut toujours s’accrocher pour dénicher du Leo McCarey ou Tod Browning. Le principe de notre tour d’horizon étant de pointer une préférence, la nôtre va à la maison MK2. Aujourd’hui dirigée par le jeune (32 ans) et brillant Nathanael Karmitz, fils du producteur homme-orchestre Marin, MK2 est la société indépendante de pointe, dotée d’une politique d’édition remarquable. Initiée par Nathanael Karmitz (avec Truffaut et l’intégrale Chaplin), celle-ci a ensuite été développée par l’excellent Rachid Boukhlifa. Résultat: l’apparition de coffrets «cinéastes» et thématiques (grandiose «les Eternels», 20 films, du «Diable boiteux» de Guitry à Lynch).

    Photo: « Le Kid » de Charlie Chaplin

    Plus une part du gratin des metteurs en scène: Bresson, Dreyer, Gus Van Sant, Resnais, Kurosawa, Chabrol, Kiarostami, Tarkovski, Kieslowski, etc. Au risque d’y laisser parfois des plumes financières pour la beauté arty du geste cinéphile. Grâce à MK2 et sa volonté de pérenniser des films majeurs mais pas toujours plébiscités par le plus grand nombre, Noël 2009 s’enrichira de nouvelles compilations Lang, Murnau, Assayas, ou encore Hedi Slimane, l’influent créateur de mode qui a rassemblé onze films «indé» américains sur la jeunesse en assurant design et photos. 2500 exemplaires/monde sans retirage, le cadeau branché définitif. Dernier symptôme de la ligne éditoriale MK2, la sortie de la première intégrale Michael Haneke, détenteur en prime de l’ultime palme d’or cannoise de la décennie («le Ruban blanc»). L’objet rectangulaire, sobre et chiadé, de l’iconographie à la typographie subliminale, est excitant comme un livre d’art dans une confiserie culturelle. Neuf longs métrages, dont «Code inconnu» et «Funny Games», pics récents d’une filmographie entamée en 1989 mais qui aura surtout épousé comme peu d’autres angoisses vitales et cauchemars criminels des années 2000, entre chocs cliniques fondamentaux et rigueur de l’inventivité formelle. Une trace dans l’histoire du cinéma, cette collection MK2: du strict collector contemporain.

    Bilan 2000 (3/7): la fiction française
    Le phénomène «Plus belle la vie»

    Photo: Comédienne de « Plus belle la vie »

    Sur le terrain de jeu des fictions, cette décennie aura efficacement tiré sa révérence sur le triomphe partout salué de «Braquo», initié et diffusé par Canal+. Dix années de téléfilms, de Josée Dayan à Olivier Marchall, de séries loufoques («Kameloot») en sagas lacrymogènes («Méditerranée»), de valeurs populaires toujours sûres (Mimie Mathy, Ingrid Chauvin) en bides qualitatifs. Mais surtout, les années 2000 auront vu l’éclosion d’un phénomène inattendu, unique dans l’histoire de la télévision française: «Plus belle la vie» a fêté son millième épisode le 11 juillet 2008, une première il est vrai historique. Sur le modèle des feuilletons anglais quotidiens («Coronation Street» au premier chef, qui s’éternise depuis 1960), on en était alors à 9000 heures de tournage, 16000 séquences bouclées, 750000 lignes écrites par un aréopage de scénaristes tournants, et 8160 brushings. Tout avait démarré sur France 3 le 30 août 2004, avec des coûts de production déjà relativement élevés (aujourd’hui à peu près 90000 euros par épisode), mais des audiences médiocres (autour de 7% de parts de marché). Tandis que beaucoup spéculaient sur l’inaptitude de «PBLV» à faire face aux JT, la chaîne qui s’était engagée à diffuser 100 épisodes resserrait les boulons d’intrigues de plus en plus agitées, avec des engueulades hystéros récurrentes, des ruptures adultes, des trahisons adolescentes, et puis aussi des meurtres. Plein. En septembre 2009, on en était à 70 morts. 70! En cinq ans, dans un quartier grand comme le fictif Mistral marseillais, ça vous hisse le taux de criminalité au niveau de celui du Bronx par temps de foudre.

    Photo: Marseille

    On aura tout vu: des fantômes, tout le monde couchant avec tout le monde, une épidémie mortelle, un langage très dessalé, un flic qui se met à la colle avec une pute, des chantages voire des empoisonnements. Et plus l’audience explosait -atteignant les 6 millions de téléspectateurs-, plus le feuilleton s’obscurcissait, jusqu’à se la jouer il y a peu «les Experts Marseille» (avec la fausse mort de Vincent Chaumette). A raison d’au moins 5 millions de téléspectateurs par jour ouvrable, vous pouvez imaginer à quel point les acteurs de «PBLV» sont devenus d’intrusives figures populaires, dont on ne connait pourtant pas le vrai nom. Et même si perdure l’essentiel du noyau dur des héros génériques gravitant autour de Roland le cafetier, aujourd’hui, un chat n’y reconnaîtrait plus ses chiens. Excepté le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui a bien compris l’intérêt de récupérer l’affaire ultra juteuse sur le seul mode qui finalement tienne. Si les années 2000 furent au cinéma celles de «Ch’tis» du Nord, elles resteront en télé tout à fait marseillaises. Mais sans l’accent du Sud. Et ça, c’est ce qui persistera pour nous comme le plus grand mystère du truc…

    Bilan 2000 (4/7): l’emblème

    «Tout le monde en parle» de Thierry Ardisson

    Photo: Thierry Ardisson pour « Tout le monde en parle »

    Les années 2000 se terminent et c’est dans notre rétroviseur mental que s’impriment déjà les images d’un passé si proche. D’abord informatives et américaines, des nuées irréelles du 11 septembre 2001 à l’annonce de l’élection d’Obama sur CNN par une journaliste en hologramme mouvant, pour la toute première fois dans l’histoire du direct. Novembre 2009, encore: la reine multimilliardaire de la télévision mondiale, Oprah Winfrey, annonce en pleurant son retrait définitif de l’antenne. A quelques jours d’intervalle, la cinéaste française Catherine Breillat raconte dans un livre («Abus de faiblesse»), puis en en riant sur Canal+, comment Christophe Rocancourt l’a délestée de tout son argent (860000 euros). Quel rapport entre ces quatre événements? Cette idée qu’une image en cache toujours une autre aussi parlante, et que ne subsisteront bientôt de dix années de spectacle télévisuel qu’une rafale de flashs intenses. Mais de grâce, pas d’abus de langage cette fois, laissons les «concepts» aux philosophes et à la télévision ses «formats» et «grilles». Un programme de flux reste une somme de trouvailles imbriquées au carré que l’on cadenasse, dans l’espoir de ratisser le plus large possible sur un marché visé, point barre. Avec quelques exceptions confirmant la règle. Premier de cordée, le cas «Tout le monde en parle». L’émission transgénérationnelle… d’une génération. Ah oui, Breillat sur Canal+, ce récent et formidable moment de télé, c’était chez Thierry Ardisson aussi, mais dans «Salut les terriens», preuve de son manifeste retour en forme avec une émission trop courte mais qui, en quatrième saison, se rapproche en douceur de… «Tout le monde en parle».

    Photo: « Salut les terriens » – Canal +

    Et c’est franchement tant mieux, parce qu’on aurait aimé que Patrick de Carolis ne nous prive pas arbitrairement de ce rendez-vous du samedi soir, auquel un tiers des téléspectateurs se rendait avec le même enthousiasme que les invités, pour qui tout passage signifiait consécration. Il fallait en être et tous ou presque en furent, de la bimbo décorative au penseur anti-Bush. Ardisson venait d’inventer «le talk-show généraliste», l’agora réflexive et mordante (avec le sniper Baffie et la productrice Catherine Barma), secouée de gimmicks visuels et sonores fédérateurs. Mon tout en naviguant du bordel impertinent de ses années Bains-Douches à la rigueur pertinente de l’investigateur aux 300 fiches par émission, pour un bouquet final de 20 heures de montage d’affilée. On peut traiter Ardisson de tous les noms, aimer le détester, fustiger sa morgue, rester bloqué sur «sucer c’est tromper?», il n’empêche que l’animateur aura marqué son temps en nous faisant passer le nôtre de mémorable manière. Comme le show d’Oprah Winfrey justement, «Tout le monde en parle» aurait pu durer 25 ans. Aurait dû: encore merci pour le gâchis.

    « Merci au Nouvel observateur » et Site du téléobs

    À SUIVRE…

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    ATTENTION LES JEUNES, LES VIEUX VONT MORDRE!

    Mardi, 10 novembre 2009

    Par Philippe Vecchi

    ingridbergmanPhoto: Ingrid Bergman

    Tandis que la décennie qui s’annonce toque âprement à la porte de 2009, un fait est avéré: on va encore se prendre un détestable coup de vieux. Sauf les jeunes. Or, l’un des embarras de ce siècle galopant, c’est que «vieux», pour ceux qui pensent ne pas l’être encore, ça commence de plus en plus tôt. A quel âge bascule-t-on dans la catégorie «Boulevard du crépuscule»? Qu’est-ce qui nous dit qu’Alzheimer ne va pas nous sécher en pleine quarantaine? Mais quelle est la date réelle de péremption d’un citoyen expulsé de l’une des catégories reines des annonceurs publicitaires à la télévision, les «15-35» ans? Les «ménagères» de plus de 50 balais seraient-elles tellement « out » qu’on ne percevrait plus l’utilité de spéculer sur les dividendes de leurs fonds de pension? C’en est trop. Cet article plaisantin et partial vaudra donc mini-pamphlet. Quand le papy-boom va leur exploser aux maxillaires, dans une France où les centenaires semblent se reproduire (hors canicule) comme des lapins (de garenne), les jeunes ne seront plus assez nombreux pour que n’opère pas, manu-militari, une authentique politique de vieux cons qu’ils auront bien méritée. Ourdie dans l’ombre, à coups de chaînes câblées ciblées seniors style « Vivolta », et de magazines avec cigares et golf pour sexagénaires ex-hippies (mais hélas, Jean-François Bizot, créateur d’ »Actuel » et de « Radio Nova », est mort), la dictature de l’anti-jeunisme se prépare. Même que dans vingt ans, on ne parlera plus de «racaille» délictueuse, mais de l’exponentielle délinquance sénile. Qui ne lassera pas de stupéfier. Aujourd’hui et régulièrement, des septuagénaires japonais à la rue poignardent au hasard, blessent et tuent dans les files d’attente, pour finir leur vie en taule, un peu plus au chaud.

    actuel1Photo: Magazine « Actuel » crée par Jean-François Bizot.

    Lors d’une de ses «Nuits», la radio France-Culture fut l’une des toutes premières à lever le lièvre, voilà de cela six ans. On aurait aimé voir les images correspondant à ce qui fut narré, rapport à la croissante proportion de voyous chez les vieillards dans les camps de retraités de Miami. Plus de 50000 personnes dans des concepts villes (ambiance «la Croisière s’amuse à mort»); et des octogénaires tranquilles, pistonnés par les édiles politiques du coin, qui se prennent à partir méchamment en sucette: viol sur voisine de 74 ans, fréquentes agressions à tremblante main armée, vol à l’arraché avec délit de «fuite claudicante»; on se croirait dans un remake gorissime de «Cocoon» par David Cronenberg bourré.

    affiche-1

    Photo: Affiche « Cocoon » de Ron Howard

    On vous le glapit, dans les temps futurs, le Viagra sera l’ecstasy des soirées où s’éclater à l’extrait de camomille-bière. Il n’y aura plus de «Taxi VI» ou de «Fight Club» pour amuser la galerie postado acnéique. On ira voir «les Enfants du marais numéro 4» et «Gaston Dominici contre le fantôme de Tatie Danielle». Et quand les moins de 25 printemps ne représenteront plus que 13,3% de la population, courbés sous la férule vengeresse des «65 ans et +», on s’apercevra qu’ils auraient dû écouter les vieux d’avant.

    affPhoto: Affiche Citizen Kane

    Que Fellini leur soit aujourd’hui inconnu, et alors? Qu’ils ignorent qu’Orson Welles réalisa «Citizen Kane» à 29 ans, Truffaut «les 400 coups» à 27 ans, Coppola «Dementia 13» à 24, ou encore que Steven Soderbergh devint le plus jeune palmé d’or de l’histoire de Cannes à l’âge de 26 ans, passe encore. Mais qu’ils nous infligent l’actuel torrent de « Secret Story » et autres bouffonneries musicales décervelantes, c’est le genre de faute de goût qui ne se rattrape pas. N’oubliez pas que le chanteur des 2B3 en est mort. Cher jeune, laisse nous te donner un conseil lecture pour toute ta vie: mets la main sur un livre rare, inouï, signé d’un réalisateur italien tellement cacochyme qu’il en est mort, Roberto Rosselini. Avec l’actrice Ingrid Bergman, il forma l’un des couples les plus classes qu’il ait été donné de voir. Extrait de «la Télévision comme utopie» (Cahiers du cinéma/Essais): «Les découvertes sur le fonctionnement du cerveau, inaugurées en 1962, nous signifient que, dans le meilleur des cas, nous n’utilisons que 10% de nos capacités. Et que faisons-nous? Nous nous laissons entraîner par notre tendance au délire et nous avons abandonné complètement la recherche de la rationalité, une aventure pourtant merveilleuse. Acquérir plus de connaissances est une entreprise aussi belle que celle qui consiste à développer le monde de l’imagination. Cela relève moins de l’onanisme et c’est plus constructif». Traduction (au cas où, hein): «onanisme» = «de la branlette».

    Marcello MastroianniPhoto: Marcello Mastroianni

    Celle-là, cher ami jeune, relis la in extenso s’il te plait -sans faire «lol» de préférence- et n’oublie pas ce que nous raconta un beau jour le réalisateur italien récemment défunt (à l’âge de 90 balais), Dino Risi, à l’issue d’une projection privilégiée à deux de son génial «Fanfaron». Quelques temps plus tôt, il avait surpris une paire d’amis, déjà très vieillissants, l’acteur Marcello Mastroianni et le cinéaste Marco Ferrerri, en train de mater un documentaire animalier. Assis côte à côte. Main dans la main. Muets. Dégoûtés des hommes. Ça calme.

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    EVA MAZAURIC, PAS LA DERNIÈRE SUR LA ROUTE

    Mardi, 29 septembre 2009

    Par Philippe VECCHI

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    Il y a plusieurs acceptions du terme « journalistes ». D’abord il y a ceux qui, au péril de leur vie, vont faire les cibles idéales pour « snipers » déchaînés en ex-Yougoslavie, ou  foncent au Rwanda dès que les Hutus dégainent  les machettes du génocide. Ensuite, il y a ceux qui, au seul risque de perdre leur temps, couvrent l’inauguration d’une nouvelle boîte de strip-tease, après s’être rendus à la projection privée (avec cocktaïl à la fin) d’un film de  cinéma qui sortira dans deux mois. Après avoir longuement  réfléchi, j’ai fini par trancher : décision ferme, définitive, courageuse, j’allais  dans ce métier courir le risque ultime. Celui de voir aussi des mauvais films (sauf ceux de Claude Lelouch ; ça, ce n’est pas possible), mais à condition que la fille assise à côté de moi ait de jolies jambes, et que la vodka soit de préférence à l’herbe de bison. Un métier  plus difficile qu’il n’y paraît. C’est ainsi que je me suis pointé à la projo du tout récent « le Dernier pour la route », et là, c’est le film qui s’est retourné, m’a dévisagé et  littéralement tiré dessus. A travers l’histoire d’un patron d’agence de presse télé/reporter de guerre (en l’occurrence Hervé Chavalier, de l’agence Capa, auteur du best-seller éponyme), on se retrouve tout bousculé dans ses convictions sur ce que l’on pourrait labelliser, comme le docteur Marc Valleur grand spécialiste des addictions, « les pathologies de l’excès », de la drogue à l’alcool en passant par… l’amour, sans omettre tout un tas de dérivatifs plus ou moins planants usités afin de confondre la réalité. Justement, ledit Hervé a décidé d’arrêter vins et whiskies qu’il ingurgitait comme un damné et, à cette fin, intègre à reculons un camp assez chic de désintoxication à la campagne. Un groupe d’individus aussi divers que variés, parmi lesquels émergent le héros François Cluzet (parfait, pour ne pas changer), la jeune Mélanie Thierry -qui devient de plus en plus actrice-, et celle qui, aujourd’hui, nous intéresse, Eva Mazauric.  Pour la bio, il y a le Web : pas mal de téléfilms, jolie fille, du théâtre, belle poitrine, du cinéma… Et tout cela, moins que demain. Dans « le Dernier pour la route », elle joue une « bipolaire » (« maniaco-dépressive » en vieux français), bien secouée comme fille, mais dont l’actrice sait rendre toutes les nuances (de l’hypomanie par exemple) dans une prestation super épatante. En ce moment, on parle sans arrêt de « film choral », et c’est même sacrément à la mode. Mettez Cluzet de côté et « le Dernier pour la route » devient le film choral dont on retiendra essentiellement la cantatrice en chef, Eva Mazauric : ni la Castafiore (ça ca pas non ?), ni la Callas (trop blonde, trop jeune), mais regardez la photo : et vous croyez vraiment que c’est la dernière fois que vous verrez ce visage ?

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