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    «Mad Men» sur Canal+, ou l’obsession vintage des sixties new-yorkaises

    Jeudi, 2 septembre 2010

    Par Philippe VECCHI

    Manhattan, une agence de publicité chic sur Madison avenue, au début de l’année 1963. Marilyn n’est plus depuis quelques mois, le président Kennedy va passer l’arme à gauche à Dallas, et la Sterling Cooper Advertising Agency est soumise à la rigueur toute capitaliste d’un nouveau directeur financier, dépêché de Londres pour faire tomber les têtes en interne. Un «cost killer» avant l’heure en guise de repoussoir pour la saison 3 (sur six prévues) de «Mad Men», diffusée dès la mi-septembre sur Canal+.

    On vous alerte pour que vous puissiez rattraper un éventuel retard (deux grandes saisons déjà dans la vue). «Mad Men» a saisi que le milieu émergent de la pub, situé à la croisée de toutes les problématiques sociétales (racisme, homophobie, sexisme ambiant…), pouvait être le creuset d’une combinaison d’intrigues plongeant dans une époque «rêvée». Prospérité économique sur fond de Guerre froide, explosion de la middle-class et expansion de la high society, l’Amérique non prolétaire s’éclate dans une ambiance saturée d’alcool et de tabac. C’est l’anti-prohibition: stupéfiant de voir à quel point les personnages s’envoient non-stop des hectolitres de Bourbon derrière la cravate, tout en décimant les paquets de cigarettes. Notamment des Lucky Strike -le logo, l’un des plus connus au monde, fut créé en quelques minutes par l’immense designer Raymond Loewy-, firme dont la Sterling s’occupe sur le terrain publicitaire.

    Photo: Série Mad Men

    L’agence ne manque pas d’annonceurs prestigieux, mais il lui faut se battre d’arrache-pied pour préserver cette masse de clientèle volatile, toujours prête à décarrer vers d’autres horizons si la moindre campagne lui déplait. C’est là que se situe la guerre externe de «Mad Men». Mais on y dénombre aussi beaucoup de conflits internes, et là, ça tire dans tous les sens. Et comme il faut toujours une figure de «parrain» dans un film où la mode est au costume-cravate et au Borsalino, celui de la série s’appelle carrément Don (fantastique Jon Hamm en patron de la «créa»). Dans un halo de fumée permanent, les stylos ont remplacé les revolvers et l’on se flingue à coups de concepts dans une atmosphère déliquescente. Au rayon «endoctrinement des citoyens à l’heure de la consommation de masse», Don est un cador à l’intransigeance moralement assassine, un mélancolique perçu surtout comme ultra cynique, roulant stricto sensu pour lui-même. Reconstruit sur des ruines à la faveur de l’arrivée prochaine d’un troisième enfant, son couple d’apparence idéale comme une gravure de mode est au bord du collapse. L’épouse de Don, Betty Draper, est interprétée par la canon January Jones, blonde délicate sapée dernier cri, mais qui vit très mal sa grossesse solitaire, durant laquelle elle fume comme un pompier (ce qui n’est pas excessivement recommandé), tout en entretenant des rapports étonnamment distants avec sa marmaille.

    Photo: Betty Draper « Mad Men »

    Il y a dans «Mad Men» une froideur inhabituelle dans les rapports familiaux, sans doute propre à énerver les lobbies américains familialistes bien-pensants. Champion du monde de l’adultère au pays des femmes belles et radieuses, Don est aussi un symbole de la réussite de ces blancs middle-class, mais cachant un passé dont son épouse ignore tout. Comme vous peut-être pour l’heure, en attendant de sauter du grand plongeoir d’un premier épisode/saison 3 tout à fait extraordinaire. On a rarement vu une entrée en matière aussi fracassante, avec d’une part un voyage sexuellement mouvementé à Baltimore, et d’autre part la nomination au même poste de directeur de clientèle de deux jeunes loups aux dents longues qui vont naturellement s’entre-déchirer. Difficile (mais possible tout de même) de voir chaque épisode au pif, dans le désordre. Il est clairement recommandé de s’accrocher au bastingage de ce bateau de croisière en suivant scrupuleusement le cours naturel des treize épisodes programmés chaque jeudi soir sur Canal+, en deuxième partie de soirée, dans la mesure où les intrigues évoluent de concert en se référant aux événements antérieurs. En résumé, il s’agit là d’un long film de 13×45 mn, toujours volontairement assez statique, dégraissé de tout artifice musical, avec des dialogues au couteau et une image somptueusement raffinée «vintage». «Mad Men» travaille dans l’épure pour la restitution d’une esthétique élégante et colorée, et ce n’est pas un hasard si la série influence aujourd’hui jusqu’aux plus grands créateurs de mode.

    Photo: Mad Men saison 3

    Chouchou absolu des magazines fashion, ce phénomène télévisuel de premier ordre a inspiré Rochas qui présenta à Paris une collection complète «Mad Men»; la marque Brooks Brothers a proposé carrément… 250 costumes différents, tous gris et coupés sixties; Prada ou encore Tom Ford, excusez du peu, ont eux subtilement intégré à leurs défilés le fameux «trading up Steve Mc Queen» de la série. Plus étonnant, il existe même un couple de poupées Barbie/Ken ajusté comme Don et Betty Draper. A quand le retour dans les rues parisiennes du total look sixties, comme si la France d’aujourd’hui plongeait en totalité dans cette nostalgie obsessionnelle d’un monde qu’elle n’a connu qu’à travers le cinéma et les images informatives en provenance de chez Tonton Sam? Tonton Sam? On devrait essayer, commencer par une journée Mad Men, et il n’est pas dit que la clientèle du fameux café de Flore reviendrait le lendemain à ses habitudes vestimentaires. Ce serait sur-réel, mais avouez-le fort branché, comme un tour de calèche à travers les âges.

    Photo: Mad Men saison 3

    Au final, le tour de force de «Mad Men», c’est d’avoir adopté un filmage lent mais dense donc non-publicitaire pour embrasser le monde de la réclame. C’est la gageure intelligente relevée avec grandeur par le «créateur» de la série, Matthew Weiner, déjà producteur et scénariste sur… les «Soprano». Avec un cursus précoce tel que le sien, et sa réussite sur toute la ligne, m’est avis qu’on n’a pas fini d’entendre parler de ce prodige de 45 ans, dont on attend encore des heures et des heures et des heures de cinéma gracieusement maquillé en production télévisuelle très haut de gamme. « Pour preuve ultime: l’épisode 12 est réalisé par le grand cinéaste, Barbet Schroeder (« le Mystère von Bulow », « JF cherche appartement », « l’Avocat du diable »). Car si même les meilleurs s’y mettent, on va un jour finir par occulter les films en salles, ce qui d’ailleurs nous évitera les désagréments du pop-corn plein pot et des conversations débiles au portable ».

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    CINQ LIVRES POUR SE DORER LA PILULE AU SOLEIL

    Dimanche, 16 mai 2010

    Par Philippe VECCHI

    De Claudia Cardinale par Moravia au grand écrivain français Bayon, des photos de Bettina Rheims à une rareté lyonnaise signée Ivan Schneiderlin, tour d’horizon de livres aussi peu chers que 100% recommandables.

    Pendant que la presse d’information quotidienne haut de gamme traverse une tempête financière dont elle ne voit pas le début de la fin, en pleine récession publicitaire et d’un lectorat ciblé CSP+ (dernier exemple: le Monde bientôt racheté par le Nouvel Observateur?), le marché de l’édition du livre se porte bien, merci pour lui. Les puissants «20 Heures» télé en qui les téléspectateurs croient comme à la parole de Moïse, la presse informative gratuite et les sites webs des grands journaux, tous ces éléments signalent que persiste parallèlement une quête d’imaginaire livresque parmi les consommateurs français de phrases écrites avec des mots. Tant mieux, disent les addicts de ma trempe au support papier, ceux qui n’ont pas envie de se coltiner tout Proust sur un écran d’ordinateur. Et si, côté télé, personne n’a encore atteint le niveau de flottabilité qualitative de Bernard Pivot comme animateur, le paf ne manque pas de talk-shows littéraires tenant la route: Taddéi dans «Ce soir (ou jamais!)» sur France 3, François Busnel et sa «Grande librairie» du côté de France 5, «Chez FOG» sur la même chaîne, ou encore «Bibliothèque Médicis», bonifiant l’antenne de Public Sénat. Du coup, on a fait un doux rêve: consacrer rien qu’une émission très spéciale à divers auteurs dans le vent porteur du moment. D’abord, Martin Monestier; souvent négligé comme l’auteur important qu’il est devenu au fil de livres exceptionnels sur «les Duels» ou «les Enfants assassins». Bravo à cet intellectuel d’avoir sorti un opus (au Cherche Midi) dont on a trop peu parlé, et qui restera l’un des plus beaux ouvrages illustrés contre toutes les guerres du monde entier: «les Gueules cassées», ou une succession commentée de photos de visages épouvantablement mutilés lors de la première guerre mondiale. Le choix des mots, l’horreur des photos. Ensuite, nous recevrions la photographe Bettina Rheims, sortant aux éditions de la Bibliothèque nationale de France (avec expo afférente sur place) un superbe livre d’images commentées par Serge Bramly («Rose, c’est Paris», 25 euros). Infiniment plus onéreux (deux versions, de 750 à 1500 euros!), son somptueux recueil éponyme de visions surréalistico-obsessionnelles en noir & blanc, paru chez Taschen, objet luxe dont on retiendra essentiellement les clichés non-clichés du plus beau modèle érotique actuel, Axelle Parker, dont nous avions fièrement parlé dans ces «Vues de Paris» avant tout le monde.

    Photo:© Playboy.fr – Photo Bettina Rheims

    Et puis, clé de voûte de notre émission littéraire idéale d’un soir très à part, il y aurait comme invité vedette Ivan Schneiderlin. Qui, dites-vous? Juste un écrivain de haute volée, sis à Lyon, et qui a décidé d’assumer son image virtuelle de «marginal», si ce n’est de «maudit volontaire». Un brillant journaliste de presse écrite culturelle passant, à ses heures gagnées, à la rédaction d’un ouvrage de… 24 pages titré «les Armées de la nuit». Accrochez vous pour le trouver: 32 exemplaires numérotés pour le monde entier! (aux éditions Serge Versqui). Si vous insistez lourdement, peut-être y aura-t-il retirage de cet OVNI captivant se refermant sur «Nous étions les armées de la nuit, et plus rien aujourd’hui». Erreur totale: avec ce livre à 230 euros -sans bénéfices pour l’auteur car «avec 3 eaux-fortes et pointes sèches (…) tirées sur sa presse taille-douce papier Velin d’Arches 250g etc»-, on atteint des sommets.
    Autre must, la réédition (chez Flammarion, 12 euros!) de «Claudia Cardinale», par Alberto Moravia.

    Photo: Claudia Cardinale

    En 1961, la revue glam «Esquire» commande au romancier italien, auteur du «Mépris» ultérieurement godardisé, une interview de l’une des plus belles femmes du monde, l’actrice «sauvage» originaire de la Goulette, à proximité de Tunis. L’entretien deviendra ce livre de feu après les tournages du «Guépard» de Visconti (Palme d’or à Cannes), et de «8 1/2» de Fellini -excusez du peu. Sur les 80 pages de cette interview à tête renversée, la Cardinale, mi-chatte mi-panthère, doit occuper approximativement 25% du territoire verbal, laissant au maître des mots aigus le soin d’analyser son interlocutrice comme un simple «objet apparaissant», méthodiquement décryptée de son divin visage à sa démarche de mannequin nature, en passant par une poitrine calibrée 95 qui fit réellement chuter à plusieurs reprises la machine à écrire de Moravia -homme à femmes porté de toute éternité sur les créatures sexy et contre les dérives sentimentales foireuses, comme en témoignent dans son oeuvre magistrale des oeuvres telles que «l’Amour conjugal» ou «la Chose».

    Enfin, et pompon sur le gâteau, j’aimerais hurler dans tous les journaux sourds et aveugles que le dernier livre de mon écrivain français contemporain préféré vient tout juste de sortir: pour seulement 15 euros, «Tourmalet», de Bayon, nous ramène à ce style reconnaissable entre deux millions, épuré jusqu’à l’os et reflétant une image toujours déflagrée d’un auteur surcultivé, découvert avec le choc «les Animals», prix Interrallié. Et puis aussi un livre exceptionnel d’entretien sorti post-mortem avec son ami Serge Gainsbourg, qui fait tout du long comme s’il était déjà mort, idée de folie, résultat à vous laisser assis. Imparablement troublant, survivant parmi les moins vivants, Bayon narre ici son fracassant cassage de gueule à vélo dans le Col du Tourmalet -bien connu des adeptes du Tour de France. Sauf que dommage, Bayon a beau être un faramineux écrivain, trop peu de lecteurs en France le savent. Jusque-là, il n’a été invité que dans la courte mais efficace séquence télé quotidienne «Dans quelle étagère?» de Monique Atlan, en attendant une fatale sous-exposition médiatique. Eh, oh, les gars de la télé, ce n’est pas parce que Bayon ne peut rien vous apporter façon «renvois d’ascenseurs» coutumiers dans ce milieu et bien d’autres… Il serait temps que le temps donne raison au grand écrivain, l’homme «d’une préfiguration hivernale suivant la nationale déserte, calfeutrement de province au détour de l’été». Comment dit-on en onze lettres, déjà? Ah oui, chef d’oeuvre -pas mieux!

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    MICHAEL MOORE EN DVD: UNE AMERIQUE PAS BELLE A VOIR

    Vendredi, 2 avril 2010

    Par Philippe Vecchi


    « Capitalism: A Love Story », du cinéaste palmé à Cannes Michael Moore, qui vient de sortir en DVD (Paramount) en France, est très exactement le genre de film réussi parce qu’il parvient à vous coller une haine pas possible. On avait déjà tous les éléments en main, mais l’accumulation, la stratification des horreurs sociétales ici montrées finit par exploser en climax insupportable. Car, à analyser les cas infinis et différents de franges entières de la population américaine, massacrées par une politique régie à la hache entreprenariale et à la guillotine boursière, Michael Moore fait au milieu de son long métrage à caractère documentaire ressortir une vérité puissante: « l’Amérique n’est plus une démocratie ». Et c’est vrai! C’est précisément ce que dit dans son dernier spectacle (coécrit par les fondateurs des « Guignols » de Canal+ Bruno Gaccio et Jean-François Halin) le comique français en circulation le plus balèze, Patrick Timsit: « La liberté, c’est là-bas qu’elle est entérrée! ». Ce n’est plus une démocratie parce que depuis le 4 novembre 1980, date de l’élection comme président du monde (en gros) du plus mauvais acteur américain, Ronald Reagan, elle s’est transformée en trois décennies en « ploutocratie »: le fameux « 1% le plus riche des Etats-Unis » détient plus de valeurs financières que les 95% des plus pauvres. Waow… Bingo! Impressionnant pour des donneurs de leçons internationaux, chantres de l’Ordre moral ultra puritain et autres pièges à rats tel que le Patriot Act. Dans le même temps, on sait aussi de source sûre que les même lobbyistes qui font voter au Congrès les lois les plus atrocement répressives, se retrouvent entre eux le soir-même pour sniffer de la cocaïne à gogo sur le corps dénudé de mannequins slaves, mineures et endettées.

    En cinéaste mondialement reconnu du « 11 septembre » et de la défense des opprimés d’un système capitaliste poussé à l’extrême de ses possibilités destructrices, Michael Moore s’emploie d’emblée à démonter la mécanique des expulsions, filmant des déménageurs protégés par la police armée jusqu’aux dents en train de jeter à la décharge publique les meubles de prolos qui ont eu montre en main un mois pour décamper et ainsi perdre le fruit du travail d’une vie, sans même savoir où il vont pouvoir dormir. Pas dégueulasse non plus dans le style abject : une entreprise (vous découvrirez laquelle dans « Capitalism, A Love Story ») parmi les plus riches du pays voit l’une de ses employées mourir de maladie. Elle avait 26 ans, l’âge le plus rentable: son décès a rapporté 81000 dollars à sa boîte, qui n’en a pas reversé un seul à la famille éplorée et surendettée de 100000 dollars pour les frais médicaux + 7000 pour les obsèques de sa fille. Sauf que voilà, la page est tournée, grâce à Obama qu’on a envie d’embrasser sur la bouche, maintenant, c’est la Sécurité Sociale pour tous les pauvres! Et que Bush Senior, Junior et consorts restent surtout à picoler leur Budweiser dans leur giga propriété du Maryland et à jouer à vie au lancer débile de fer à cheval.

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    Erotisme, cinéma porno, sexualités de foules: que faire du X en 2010?

    Mercredi, 27 janvier 2010

    Par Philippe Vecchi

    En avance d’un phénomène de masse, l’écrivain André Breton écrivit, un jour d’inspiration visionnaire, que «la pornographie, c’est l’érotisme des autres».

    Photo: Philippe Vecchi – Journaliste au Nouvel Observateur

    Un aphorisme d’une éternelle justesse. Car, autant l’érotisme semble refléter un classique trip bourgeois raffiné sagement transgressif, autant le porno reste d’une impureté diabolique aux yeux des citoyens puritains. Lobbystes bien-pensants ou censeurs septuagénaires décidant arbitrairement de ce qui est bon ou pas pour nous sur cette Terre où, à ma connaissance, on ne se reproduit pas encore par l’opération du Saint Esprit. C’est que depuis la nuit des temps, l’homme dispose de trois fonctions primaires: survivre, manger, se reproduire. Point final. Traduction contemporaine néo-libérale: tout citoyen aimerait vivre riche et heureux avec, dans son lit, dans sa vie, un maximum de belles femmes, même payantes. Ah oui, André Breton pensait donc que «la pornographie, c’est l’érotisme des autres». Ainsi donc, on avouera presque toujours aimer l’érotisme, très rarement la pornographie. Même s’il faut nuancer le tableau: un récent sondage Ifop a révélé que les Français assument beaucoup plus ouvertement qu’auparavant leur consommation d’images à caractère sexuel très explicite. Y compris en couples, chaque jour plus nombreux à voir ensemble des hardeurs marteaux-pilons posséder dans tous les sens des X girls débutantes jouant les femmes de chambre soumises pour 350 euros la journée. On est loin du temps où la blonde Américaine Traci Lords (… mineure pendant les tournages: scandale!) décrochait le prix de «la Plus grande actrice X de tous les temps».

    Photo: Traci Lords

    Mais attention, achtung everybody, on y revient, beaucoup de sondés se disent encore uniquement portés sur «l’érotisme», et pas du tout sur un cinéma «classé X» encore un peu honteux, en oubliant de déclarer que leurs envies profondes ont souvent tout de… pornographique. La nuit dernière, il n’est pas exclu que Jean-Sébastien Petitbois de Narbonne ait rêvé qu’il faisait torridement l’amour avec Anna Mouglalis, alors que Jean-Google de Québec se reveillait humide d’avoir virtuellement caressé la divine Megan Fox (que «le Nouvel Observateur» comparaît récemment pour son physique à… une actrice de porno!) Eh oui, mesdames et chers amis, tout cela est bien normal. Un homme couchant -c’est notre moyenne nationale!- avec moins de cinq partenaires au cours de toute sa vie, on peut supposer qu’il accumule les frustrations. Et, du même coup, les désirs personnels majoritairement refoulés (apprendre le Kamasoutra avec la Dorcel Girl Mélanie Coste, contempler à l’écran des créatures à jamais inaccessibles, découvrir de surprenantes pratiques, etc).Avec, d’après certains scientifiques, une différence nette entre les perceptions féminine et masculine du problème. Les hommes auraient une vision «parcellaire» (par «morceaux») du corps de la femme, à la différence des filles qui fantasment sur la globalité de l’enveloppe corporelle de leurs partenaires mâles. Il n’est peut-être pas inutile de préciser non plus que la durée moyenne du rapport sexuel des Français n’excède pas… quelque chose comme sept minutes, pour faire large. Et dire que la guêpe peut s’envoyer en l’air quatre jours d’affilée sans un seul break -même pas pour fumer une clope de pollen!- vous vous rendez compte…

    Photo: Megan Fox

    Deux premières conclusions un rien sérieuses s’imposent déjà. S’adressant dans 90% des cas au public masculin, la production porno internationale (naviguant en grande majorité de «médiocre» à «nulle») est donc filmée par des mecs pour les mecs avec gros plans gynécologiques alternés de tout ce que vous pouvez imaginer -sauf, évidemment, lorsque ce sont des femmes qui réalisent. Comme c’est régulièrement le cas du côté de féministes suédoises formant un courant en vogue, où des réalisatrices «traditionnelles» françaises, telle Laetitia Masson, réunies afin de mettre chacune en boîte un court-métrage X à destination de Canal+. «La chaîne du foot et du porno» en fit des tonnes dans la presse (avec succès, tout le monde tombant dans le panneau de l’alibi intello correct canaille), alors que le programme fut dans l’ensemble d’un ennui… mais alors d’un ennui… genre dimanche pluvieux à Tourcoing, mi-novembre, avec les frères Bogdanoff qui vous parleraient pendant cinq plombes dans la boue des différences entre les protons et les neutrons. Ma, qué mal de tête!
    Et peut-on parler de réel «mal de vivre» chez ces Français pour qui la sexualité représente une fraction importante de leurs pensées fantasmatiques? Certains réalisateurs spécialisés ont bien compris qu’il leur fallait égayer, enrichir, voire pallier les manques cruels de (télé)spectateurs adultes, pas franchement épanouis dans leur vie de couple. Ce qui ne transforme pas du tout ces consommateurs de pornos en hordes immondes d’affamés en manque, mais en consommateurs… inscrits dans une nouvelle norme. Ou plutôt une nouvelle donne, celle des années 2010… A suivre…

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    Le bilan des années 2000 à la télévision française, un roman éphémère

    Mercredi, 23 décembre 2009

    Par Philippe Vecchi

    Suite et fin…

    Bilan 2000 (5/7): la révélation
    Mélissa Theuriau pour «Zone interdite»

    Photo: Mélissa Theuriau

    Les animateurs, dans la perception du public, c’est comme les acteurs, les politiciens ou Michel Sardou: chacun son propre goût versatile. Début des années 2000, Jean-Luc Reichmann est «l’animateur préféré des Français», pendant que Nagui stagne au placard. Décembre 2009, Nagui est incontestablement «l’animateur préféré des Français», tandis que TF1 cherche à remplacer d’urgence l’émission de Reichmann, achevée à coups de talons frontaux par… Nagui. A part ça, inutile de chercher dans notre round-up tous les présentateurs apparus depuis dix ans. Comme les Gremlins, ils s’affolent partout dès que la TNT les arrose, ou sur le câble, votre téléphone, sous peu encastrés dans votre frigo. Une tendance cependant intrigue: quand ils ont le physique de Guy Lagache ou de Laurent Delahousse (ex LCI), les journalistes émergents ont la cote nationale, les chaînes info ayant beaucoup essaimé.

    Photo: Marie Drucker

    Il n’est que de situer l’actuel degré de popularité de Marie Drucker et Harry Roselmack (formés à I Télé par le même Bernard Zekri), ou encore celui de l’animatrice de «Zone interdite» sur M6 depuis bientôt quatre ans, celle vers qui va implacablement et ce depuis ses débuts sur LCI (via Jean-Claude Dassier) notre préférence de téléspectateur, Mélissa Theuriau. Concernant la plastique de cette jeune trentenaire -qui aurait pu devenir très vite riche si elle avait cédé aux sirènes des publicitaires japonais, français-, il serait injurieux de vous en faire l’article. Ce que l’on omet plus aisément, c’est que sa présence subtile à l’image, sa voix étrange, son goût pour le décryptage social en 9 mois d’enquêtes et son sens de l’interview clairvoyante, sont le pur produit d’un travail de soutier. Scotchée jusqu’à 24 ans à Grenoble, sa ville, pour décrocher deux diplômes liés à l’information et aux médias, elle remonte un à un les maillons de la chaine de fabrication des reportages. Pas vraiment le genre «cuillère en argent dans la bouche», Mélissa Theuriau; pas même un soupçon de cette grosse tête consubstantielle à la fonction. Juste le souci de faire la meilleure émission innovante possible (objectif atteint, de surcroît avec une moyenne de 4 millions de téléspectateurs rajeunis), en préservant sa vie privée auprès de son époux Jamel Debbouze, avec lequel elle a eu un fils et plein de paparazzi bourrins autour. Pour conclure, elle hommage directement sa corédactrice en chef, Valérie Troisier, le patron de l’info M6 Jérôme Bureau, mais aussi Alain de Greef (ex Canal+) et Bernard Zekri (ex I Télé et Canal) «qui me disent cash les choses, symbolisant le journalisme que j’aime». Au fait, ce ne serait pas aussi la fille qui a refusé le «20 Heures» de TF1 et le salaire éléphantesque qui va avec? Si. Et ça, c’est pour nous au minimum le Livre des Records, au lieu du Mérite agricole…

    Bilan 2000 (6/7): culture, humour
    Taddeï, «Groland Mag Zine» et le «Jamel Comedy Club»

    Photo: Jamel Debbouze

    «La représentation littéraire de la cruauté chez Kant» -épatant- sur France Culture, début décembre, était-ce vraiment à crever de rire? «Franck Dubosc s’enthousiasme pour le nouvel album de Dany Brillant» il y a peu chez Michel Drucker, sur Europe 1, est-ce encore de la culture? Certes, on ne vous fera pas avaler que rigolade et connaissance(s) du monde relèvent de la même école médiatique. Mais quand même. On aime bien lorsqu’un minimum d’humour contribue à étancher notre soif de culture (chez Pierre-Louis Basse par exemple, le samedi sur Europe 1), comme quand un brin d’esprit vient teinter ces stases de rigolade nécessaires à notre survie (de Alévêque à Foresti, sortis de «On a tout essayé»). Remonter une décennie de programmes culturels et humoristiques promettant d’être fastidieux, on en restera aux émissions de débat et de comédie en cours à la radio-télévision française. La culture? Avec la suppression de la publicité après 20 heures sur le service public, on devait en croquer par tous les bouts, au-delà de ce que Arte principalement nous propose. Sauf que voilà, notre intime conviction perdure que la radio conserve en ce domaine de belles longueurs d’avance. On reviendra très vite sur «Masse critique», la formidable émission du dimanche de France-Culture, non sans avoir ici pointé du doigt le talk-show télé qui nous sied. Pour la quatrième saison consécutive, France 3 a rempilé avec «Ce soir (ou jamais!)». Premier avantage, on sait d’emblée, en soupesant la teneur du débat, si l’on va rester ou pas. Et bien souvent, on campe devant: animateur rigoureux, passes d’armes vigoureuses et forte réactivité à l’actu, la quotidienne moderne de deuxième partie de soirée de Frédéric Taddeï est la meilleure surprise de cette fin des années 2000. L’humour? Alors là, compliqué de départager deux programmes de feu.

    Photo: Groland Magzine

    Par ordre d’apparition, «Groland Mag Zine» (plus de 15 ans d’existence) chaque samedi, en clair, sur Canal+, et le beaucoup plus récent «Jamel Comedy Club», sur la même chaîne mais moins souvent. Mon premier reste ce brulot politico-punk-pouët-pouët de haute volée offensive, avec Moustic devant, Benoit Delépine derrière, et au dessus notre président à tous, le grand Christophe Salengro. Mon second constitue la meilleure réponse des «minorités ethniques et sociales» au gros du troupeau. Du stand-up de banlieue défouraillé avec l’accent africain, arabe ou chinois, signalant l’émergence de Fabrice Eboué, Thomas N’jijol ou du hard-rockeur Dedo, et confortant aux commandes le virtuose Jamel Debbouze, dans un pays où l’on compte désormais deux comiques professionnels et pas un seul «intellectuel» parmi les cinq Français préférés des Français. Si ça, ce n’est pas une tendance tout à fait contemporaine…

    Bilan 2000 (7/7): ultimes beautés cathodiques
    Des canons du christianisme aux bombes sexuelles

    Photo: Megan Fox

    Bien sûr, on aurait pu clore notre récapitulatif des années 2000 à la télé française en martelant des évidences: 1) décennie Endemol de la télé-réalité contestée, du choc «Loft Story» au succès «Top à la bimbo-vachette!» «Secret Story»; 2) duels acharnés entre télé-crochets, la «Star Academy» (mise en sommeil) le disputant à «Nouvelle star» (mise en demeure de faire oublier le branquignol Soan), et «X Factor» sur W9 pour son animateur impeccable; 3) apparition de la TNT -premiers tests en 2005, 80% de la population couverte trois ans plus tard-, ces chaînes gratuites captant désormais plus d’un quart de l’audience gobale. On aurait dû vous parler encore de PPDA répudié, des insubmersibles mérous de «Thalassa», et même de sport (rien que l’arrivée de Pierre Ménès sur C+, la sous-utilisation de la troublante Christine Carnaud sur Infosport, ou l’invasion des débats sur le foot). Comme on ne saurait négliger l’intérêt croissant du public pour le courant documentaire. Mais s’il devait n’en rester qu’un, ce serait «l’Origine du christianisme» en dix volets et sa suite, «l’Apocalypse» (Arte Vidéo), de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, diffusés respectivement en 2003 et 2008 par la chaîne franco-allemande. Magnifique travail métaphysico-bressonien regroupant les meilleurs théologiens du monde. Et puis, on a réalisé qu’un baisser de rideau sur les femmes transcendantes de cette décennie serait le bienvenu. Pas les Françaises (n’en froisser aucune!). Bien plutôt, ces créatures de séries américaines qui font crescendo peur aux stars hollywoodiennes.

    Photo: Louise Bourgoin

    On a ainsi découvert une myriade de filles splendides, traversant «Nip/Tuck», «Dexter» ou «Las Vegas», cette dernière production propulsant Nikki Cox au rang de «girl next door» excitante de simplicité sexy. TF1 aura aussi révélé Yvonne Strahovski en agent de la CIA dans «Chuck», M6 la beauté d’apparitions latinos et métisses, Canal+ une ex-miss météo du «Grand Journal». Ok, on avait dit: «pas de Françaises», mais là, c’est différent. Quand François Cluzet vous prédit que l’éblouissante Louise Bourgoin ira loin au cinéma, zéro discussion possible. Pas plus que pour l’Américaine Megan Fox, actuellement sacrée plus belle comédienne du monde à 23 ans. Pas d’accord? Soit, il en va de votre libre-arbitre. Car devant tant d’éclats fantasmatiques, le nôtre ne sait même plus où donner du discernement…
    Ah si: joyeuses fêtes à tous!

    « Merci au Nouvel observateur » et Site du téléobs

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