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  • Archives pour la catégorie « VUES DE PARIS »

    Le festival de Cannes et «Variety» contre Google Traduction

    Jeudi 12 mai 2011

    Par Philippe Vecchi

    Les Français n’ont absolument pas la facilité des Québécois en matière de pratique de la langue anglaise. Pourtant, nombre d’informations scoopesques sur le festival de Cannes figurent dans le magazine professionnel «Variety». Nous nous sommes lancés dans une périlleuse entreprise de traduction… Le festival de Cannes c’est parti et bien parti, et avec lui la prose au kilomètre de milliers de journalistes internationaux plus ou moins crédibles comme critiques, rendus au finish mi-zinzins mi-hébétés par une avalanche de longs métrages tombant en priorité de la Sélection officielle. Aux États-Unis, le magazine professionnel de référence «Variety» a comme d’usage jailli des starting-blocks en vue de sortir son édition papier et web quotidienne, très lue à Cannes, et qui n’a pas toujours fait preuve d’une infinie tendresse à l’égard du cinéma français (on se souvient de l’année 2003 par exemple, en plein bug franco-américain, quand tous nos films sans exception furent partialement laminés, la critique de «Mais qui a tué Bambi?» de Gilles Marchand se terminant par la formule «DOA» -soit… «Mort A l’Arrivée», sympa). Il nous fallait donc surfer sur le site officiel de «Variety» pour prendre la température des temps ambiants ciné-diplomatiques, lorsque surgit cette question: mais comment ferait un lecteur français non-anglophone pour accéder en cas d’urgence à ces informations cruciales? En faisant appel aux services du site Google Trad, bien sûr, logiciel de traduction du moteur de recherche vanté comme fiable. Fiable, certainement, mais jusqu’à quel point? Examinons l’affaire. Premier constat: un seul film américain en Compétition officielle cette saison, «The Tree of Life» de Terrence Malick, autant dire une peau de chagrin.

    Réaction du magazine en ligne: «Malick est le réalisateur américain en compétition seulement, si les articles se tourner vers la barre latérale caractéristique plus Yankees». Là, oui, c’est déjà plus limpide. Pour en savoir plus, «Variety» a aussi questionné le Délégué général du festival (son sélectionneur officiel depuis dix ans, en clair), Thierry Fremaux: «Fremaux a dit que, bien que de variétés, pas beaucoup de films américains ont en effet été soumis cette année, les producteurs retiré après avoir décidé d’un lancement Cannes ne serait pas bon stratégie de marketing du film». Réinventer la langue française à ce point de précision martienne laisserait pantois un grammairien de l’Académie Française… Interloqué, on poursuit, enfin rassuré, car «le festival est devenu un environnement de plus en plus généreuse et accueillante pour les billets d’Hollywood». Le climat se serait donc réchauffé, Hollywood considérant toujours Cannes comme le plus important festiv… non: «marché» du monde du cinéma, mais pas nécessairement idéal en position «rampe de lancement officielle pour gros blockbusters estivals». Ne pas oublier non plus les efforts du patron du festival Gilles Jacob: cinq des dix derniers présidents du jury cannois, pas moins, ont battu pavillon américain, Robert de Niro endossant cette année le rôle.

    Photo: Jury du 64ème Festival de Cannes avec pour président: Robert de Niro

    Entre Jude Law et Olivier Assayas, il devra sortir de son mutisme légendaire, qui le rend d’ailleurs à peu près ininterviewable (nonobstant son intelligence patente et son pur talent de metteur en scène). Pour «Variety», toujours passé à la moulinette de Google Trad, «Robert De Niro a été sollicité à servir comme président du jury, le renouvellement de sa relation de longue date à l’événement. Il a une plus grande appréciation pour le jury, qui servent, entreprise un rôle important dans le choix des films qui sont représentés dans le monde du cinéma à son plus haut niveau». Voilà chers lecteurs du blog d’Elsa. On espère que vous y voyez désormais un peu plus clair grâce à cet outil informatique fabuleux, qu’on applaudit bien fort pour sa relecture surréaliste des aventures décidément bien conventionnelles de la planète cinéma, surexposée jusqu’à l’overdose pendant douze jours et autant de nuits de folie.

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    «Mad Men» sur Canal+, ou l’obsession vintage des sixties new-yorkaises

    Jeudi 2 septembre 2010

    Par Philippe VECCHI

    Manhattan, une agence de publicité chic sur Madison avenue, au début de l’année 1963. Marilyn n’est plus depuis quelques mois, le président Kennedy va passer l’arme à gauche à Dallas, et la Sterling Cooper Advertising Agency est soumise à la rigueur toute capitaliste d’un nouveau directeur financier, dépêché de Londres pour faire tomber les têtes en interne. Un «cost killer» avant l’heure en guise de repoussoir pour la saison 3 (sur six prévues) de «Mad Men», diffusée dès la mi-septembre sur Canal+.

    On vous alerte pour que vous puissiez rattraper un éventuel retard (deux grandes saisons déjà dans la vue). «Mad Men» a saisi que le milieu émergent de la pub, situé à la croisée de toutes les problématiques sociétales (racisme, homophobie, sexisme ambiant…), pouvait être le creuset d’une combinaison d’intrigues plongeant dans une époque «rêvée». Prospérité économique sur fond de Guerre froide, explosion de la middle-class et expansion de la high society, l’Amérique non prolétaire s’éclate dans une ambiance saturée d’alcool et de tabac. C’est l’anti-prohibition: stupéfiant de voir à quel point les personnages s’envoient non-stop des hectolitres de Bourbon derrière la cravate, tout en décimant les paquets de cigarettes. Notamment des Lucky Strike -le logo, l’un des plus connus au monde, fut créé en quelques minutes par l’immense designer Raymond Loewy-, firme dont la Sterling s’occupe sur le terrain publicitaire.

    Photo: Série Mad Men

    L’agence ne manque pas d’annonceurs prestigieux, mais il lui faut se battre d’arrache-pied pour préserver cette masse de clientèle volatile, toujours prête à décarrer vers d’autres horizons si la moindre campagne lui déplait. C’est là que se situe la guerre externe de «Mad Men». Mais on y dénombre aussi beaucoup de conflits internes, et là, ça tire dans tous les sens. Et comme il faut toujours une figure de «parrain» dans un film où la mode est au costume-cravate et au Borsalino, celui de la série s’appelle carrément Don (fantastique Jon Hamm en patron de la «créa»). Dans un halo de fumée permanent, les stylos ont remplacé les revolvers et l’on se flingue à coups de concepts dans une atmosphère déliquescente. Au rayon «endoctrinement des citoyens à l’heure de la consommation de masse», Don est un cador à l’intransigeance moralement assassine, un mélancolique perçu surtout comme ultra cynique, roulant stricto sensu pour lui-même. Reconstruit sur des ruines à la faveur de l’arrivée prochaine d’un troisième enfant, son couple d’apparence idéale comme une gravure de mode est au bord du collapse. L’épouse de Don, Betty Draper, est interprétée par la canon January Jones, blonde délicate sapée dernier cri, mais qui vit très mal sa grossesse solitaire, durant laquelle elle fume comme un pompier (ce qui n’est pas excessivement recommandé), tout en entretenant des rapports étonnamment distants avec sa marmaille.

    Photo: Betty Draper « Mad Men »

    Il y a dans «Mad Men» une froideur inhabituelle dans les rapports familiaux, sans doute propre à énerver les lobbies américains familialistes bien-pensants. Champion du monde de l’adultère au pays des femmes belles et radieuses, Don est aussi un symbole de la réussite de ces blancs middle-class, mais cachant un passé dont son épouse ignore tout. Comme vous peut-être pour l’heure, en attendant de sauter du grand plongeoir d’un premier épisode/saison 3 tout à fait extraordinaire. On a rarement vu une entrée en matière aussi fracassante, avec d’une part un voyage sexuellement mouvementé à Baltimore, et d’autre part la nomination au même poste de directeur de clientèle de deux jeunes loups aux dents longues qui vont naturellement s’entre-déchirer. Difficile (mais possible tout de même) de voir chaque épisode au pif, dans le désordre. Il est clairement recommandé de s’accrocher au bastingage de ce bateau de croisière en suivant scrupuleusement le cours naturel des treize épisodes programmés chaque jeudi soir sur Canal+, en deuxième partie de soirée, dans la mesure où les intrigues évoluent de concert en se référant aux événements antérieurs. En résumé, il s’agit là d’un long film de 13×45 mn, toujours volontairement assez statique, dégraissé de tout artifice musical, avec des dialogues au couteau et une image somptueusement raffinée «vintage». «Mad Men» travaille dans l’épure pour la restitution d’une esthétique élégante et colorée, et ce n’est pas un hasard si la série influence aujourd’hui jusqu’aux plus grands créateurs de mode.

    Photo: Mad Men saison 3

    Chouchou absolu des magazines fashion, ce phénomène télévisuel de premier ordre a inspiré Rochas qui présenta à Paris une collection complète «Mad Men»; la marque Brooks Brothers a proposé carrément… 250 costumes différents, tous gris et coupés sixties; Prada ou encore Tom Ford, excusez du peu, ont eux subtilement intégré à leurs défilés le fameux «trading up Steve Mc Queen» de la série. Plus étonnant, il existe même un couple de poupées Barbie/Ken ajusté comme Don et Betty Draper. A quand le retour dans les rues parisiennes du total look sixties, comme si la France d’aujourd’hui plongeait en totalité dans cette nostalgie obsessionnelle d’un monde qu’elle n’a connu qu’à travers le cinéma et les images informatives en provenance de chez Tonton Sam? Tonton Sam? On devrait essayer, commencer par une journée Mad Men, et il n’est pas dit que la clientèle du fameux café de Flore reviendrait le lendemain à ses habitudes vestimentaires. Ce serait sur-réel, mais avouez-le fort branché, comme un tour de calèche à travers les âges.

    Photo: Mad Men saison 3

    Au final, le tour de force de «Mad Men», c’est d’avoir adopté un filmage lent mais dense donc non-publicitaire pour embrasser le monde de la réclame. C’est la gageure intelligente relevée avec grandeur par le «créateur» de la série, Matthew Weiner, déjà producteur et scénariste sur… les «Soprano». Avec un cursus précoce tel que le sien, et sa réussite sur toute la ligne, m’est avis qu’on n’a pas fini d’entendre parler de ce prodige de 45 ans, dont on attend encore des heures et des heures et des heures de cinéma gracieusement maquillé en production télévisuelle très haut de gamme. Pour preuve ultime: l’épisode 12 est réalisé par le grand cinéaste, Barbet Schroeder (« le Mystère von Bulow », « JF cherche appartement », « l’Avocat du diable »). Car si même les meilleurs s’y mettent, on va un jour finir par occulter les films en salles, ce qui d’ailleurs nous évitera les désagréments du pop-corn plein pot et des conversations débiles au portable.

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    CINQ LIVRES POUR SE DORER LA PILULE AU SOLEIL

    Dimanche 16 mai 2010

    Par Philippe VECCHI

    De Claudia Cardinale par Moravia au grand écrivain français Bayon, des photos de Bettina Rheims à une rareté lyonnaise signée Ivan Schneiderlin, tour d’horizon de livres aussi peu chers que 100% recommandables.

    Pendant que la presse d’information quotidienne haut de gamme traverse une tempête financière dont elle ne voit pas le début de la fin, en pleine récession publicitaire et d’un lectorat ciblé CSP+ (dernier exemple: le Monde bientôt racheté par le Nouvel Observateur?), le marché de l’édition du livre se porte bien, merci pour lui. Les puissants «20 Heures» télé en qui les téléspectateurs croient comme à la parole de Moïse, la presse informative gratuite et les sites webs des grands journaux, tous ces éléments signalent que persiste parallèlement une quête d’imaginaire livresque parmi les consommateurs français de phrases écrites avec des mots. Tant mieux, disent les addicts de ma trempe au support papier, ceux qui n’ont pas envie de se coltiner tout Proust sur un écran d’ordinateur. Et si, côté télé, personne n’a encore atteint le niveau de flottabilité qualitative de Bernard Pivot comme animateur, le paf ne manque pas de talk-shows littéraires tenant la route: Taddéi dans «Ce soir (ou jamais!)» sur France 3, François Busnel et sa «Grande librairie» du côté de France 5, «Chez FOG» sur la même chaîne, ou encore «Bibliothèque Médicis», bonifiant l’antenne de Public Sénat. Du coup, on a fait un doux rêve: consacrer rien qu’une émission très spéciale à divers auteurs dans le vent porteur du moment. D’abord, Martin Monestier; souvent négligé comme l’auteur important qu’il est devenu au fil de livres exceptionnels sur «les Duels» ou «les Enfants assassins». Bravo à cet intellectuel d’avoir sorti un opus (au Cherche Midi) dont on a trop peu parlé, et qui restera l’un des plus beaux ouvrages illustrés contre toutes les guerres du monde entier: «les Gueules cassées», ou une succession commentée de photos de visages épouvantablement mutilés lors de la première guerre mondiale. Le choix des mots, l’horreur des photos. Ensuite, nous recevrions la photographe Bettina Rheims, sortant aux éditions de la Bibliothèque nationale de France (avec expo afférente sur place) un superbe livre d’images commentées par Serge Bramly («Rose, c’est Paris», 25 euros). Infiniment plus onéreux (deux versions, de 750 à 1500 euros!), son somptueux recueil éponyme de visions surréalistico-obsessionnelles en noir & blanc, paru chez Taschen, objet luxe dont on retiendra essentiellement les clichés non-clichés du plus beau modèle érotique actuel, Axelle Parker, dont nous avions fièrement parlé dans ces «Vues de Paris» avant tout le monde.

    Photo:© Playboy.fr – Photo Bettina Rheims

    Et puis, clé de voûte de notre émission littéraire idéale d’un soir très à part, il y aurait comme invité vedette Ivan Schneiderlin. Qui, dites-vous? Juste un écrivain de haute volée, sis à Lyon, et qui a décidé d’assumer son image virtuelle de «marginal», si ce n’est de «maudit volontaire». Un brillant journaliste de presse écrite culturelle passant, à ses heures gagnées, à la rédaction d’un ouvrage de… 24 pages titré «les Armées de la nuit». Accrochez vous pour le trouver: 32 exemplaires numérotés pour le monde entier! (aux éditions Serge Versqui). Si vous insistez lourdement, peut-être y aura-t-il retirage de cet OVNI captivant se refermant sur «Nous étions les armées de la nuit, et plus rien aujourd’hui». Erreur totale: avec ce livre à 230 euros -sans bénéfices pour l’auteur car «avec 3 eaux-fortes et pointes sèches (…) tirées sur sa presse taille-douce papier Velin d’Arches 250g etc»-, on atteint des sommets.
    Autre must, la réédition (chez Flammarion, 12 euros!) de «Claudia Cardinale», par Alberto Moravia.

    Photo: Claudia Cardinale

    En 1961, la revue glam «Esquire» commande au romancier italien, auteur du «Mépris» ultérieurement godardisé, une interview de l’une des plus belles femmes du monde, l’actrice «sauvage» originaire de la Goulette, à proximité de Tunis. L’entretien deviendra ce livre de feu après les tournages du «Guépard» de Visconti (Palme d’or à Cannes), et de «8 1/2» de Fellini -excusez du peu. Sur les 80 pages de cette interview à tête renversée, la Cardinale, mi-chatte mi-panthère, doit occuper approximativement 25% du territoire verbal, laissant au maître des mots aigus le soin d’analyser son interlocutrice comme un simple «objet apparaissant», méthodiquement décryptée de son divin visage à sa démarche de mannequin nature, en passant par une poitrine calibrée 95 qui fit réellement chuter à plusieurs reprises la machine à écrire de Moravia -homme à femmes porté de toute éternité sur les créatures sexy et contre les dérives sentimentales foireuses, comme en témoignent dans son oeuvre magistrale des oeuvres telles que «l’Amour conjugal» ou «la Chose».

    Enfin, et pompon sur le gâteau, j’aimerais hurler dans tous les journaux sourds et aveugles que le dernier livre de mon écrivain français contemporain préféré vient tout juste de sortir: pour seulement 15 euros, «Tourmalet», de Bayon, nous ramène à ce style reconnaissable entre deux millions, épuré jusqu’à l’os et reflétant une image toujours déflagrée d’un auteur surcultivé, découvert avec le choc «les Animals», prix Interrallié. Et puis aussi un livre exceptionnel d’entretien sorti post-mortem avec son ami Serge Gainsbourg, qui fait tout du long comme s’il était déjà mort, idée de folie, résultat à vous laisser assis. Imparablement troublant, survivant parmi les moins vivants, Bayon narre ici son fracassant cassage de gueule à vélo dans le Col du Tourmalet -bien connu des adeptes du Tour de France. Sauf que dommage, Bayon a beau être un faramineux écrivain, trop peu de lecteurs en France le savent. Jusque-là, il n’a été invité que dans la courte mais efficace séquence télé quotidienne «Dans quelle étagère?» de Monique Atlan, en attendant une fatale sous-exposition médiatique. Eh, oh, les gars de la télé, ce n’est pas parce que Bayon ne peut rien vous apporter façon «renvois d’ascenseurs» coutumiers dans ce milieu et bien d’autres… Il serait temps que le temps donne raison au grand écrivain, l’homme «d’une préfiguration hivernale suivant la nationale déserte, calfeutrement de province au détour de l’été». Comment dit-on en onze lettres, déjà? Ah oui, chef d’oeuvre -pas mieux!

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    MICHAEL MOORE EN DVD: UNE AMERIQUE PAS BELLE A VOIR

    Vendredi 2 avril 2010

    Par Philippe Vecchi


    « Capitalism: A Love Story », du cinéaste palmé à Cannes Michael Moore, qui vient de sortir en DVD (Paramount) en France, est très exactement le genre de film réussi parce qu’il parvient à vous coller une haine pas possible. On avait déjà tous les éléments en main, mais l’accumulation, la stratification des horreurs sociétales ici montrées finit par exploser en climax insupportable. Car, à analyser les cas infinis et différents de franges entières de la population américaine, massacrées par une politique régie à la hache entreprenariale et à la guillotine boursière, Michael Moore fait au milieu de son long métrage à caractère documentaire ressortir une vérité puissante: « l’Amérique n’est plus une démocratie ». Et c’est vrai! C’est précisément ce que dit dans son dernier spectacle (coécrit par les fondateurs des « Guignols » de Canal+ Bruno Gaccio et Jean-François Halin) le comique français en circulation le plus balèze, Patrick Timsit: « La liberté, c’est là-bas qu’elle est entérrée! ». Ce n’est plus une démocratie parce que depuis le 4 novembre 1980, date de l’élection comme président du monde (en gros) du plus mauvais acteur américain, Ronald Reagan, elle s’est transformée en trois décennies en « ploutocratie »: le fameux « 1% le plus riche des Etats-Unis » détient plus de valeurs financières que les 95% des plus pauvres. Waow… Bingo! Impressionnant pour des donneurs de leçons internationaux, chantres de l’Ordre moral ultra puritain et autres pièges à rats tel que le Patriot Act. Dans le même temps, on sait aussi de source sûre que les même lobbyistes qui font voter au Congrès les lois les plus atrocement répressives, se retrouvent entre eux le soir-même pour sniffer de la cocaïne à gogo sur le corps dénudé de mannequins slaves, mineures et endettées.

    En cinéaste mondialement reconnu du « 11 septembre » et de la défense des opprimés d’un système capitaliste poussé à l’extrême de ses possibilités destructrices, Michael Moore s’emploie d’emblée à démonter la mécanique des expulsions, filmant des déménageurs protégés par la police armée jusqu’aux dents en train de jeter à la décharge publique les meubles de prolos qui ont eu montre en main un mois pour décamper et ainsi perdre le fruit du travail d’une vie, sans même savoir où il vont pouvoir dormir. Pas dégueulasse non plus dans le style abject : une entreprise (vous découvrirez laquelle dans « Capitalism, A Love Story ») parmi les plus riches du pays voit l’une de ses employées mourir de maladie. Elle avait 26 ans, l’âge le plus rentable: son décès a rapporté 81000 dollars à sa boîte, qui n’en a pas reversé un seul à la famille éplorée et surendettée de 100000 dollars pour les frais médicaux + 7000 pour les obsèques de sa fille. Sauf que voilà, la page est tournée, grâce à Obama qu’on a envie d’embrasser sur la bouche, maintenant, c’est la Sécurité Sociale pour tous les pauvres! Et que Bush Senior, Junior et consorts restent surtout à picoler leur Budweiser dans leur giga propriété du Maryland et à jouer à vie au lancer débile de fer à cheval.

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    Erotisme, cinéma porno, sexualités de foules: que faire du X en 2010?

    Mercredi 27 janvier 2010

    Par Philippe Vecchi

    En avance d’un phénomène de masse, l’écrivain André Breton écrivit, un jour d’inspiration visionnaire, que «la pornographie, c’est l’érotisme des autres».

    Photo: Philippe Vecchi – Journaliste au Nouvel Observateur

    Un aphorisme d’une éternelle justesse. Car, autant l’érotisme semble refléter un classique trip bourgeois raffiné sagement transgressif, autant le porno reste d’une impureté diabolique aux yeux des citoyens puritains. Lobbystes bien-pensants ou censeurs septuagénaires décidant arbitrairement de ce qui est bon ou pas pour nous sur cette Terre où, à ma connaissance, on ne se reproduit pas encore par l’opération du Saint Esprit. C’est que depuis la nuit des temps, l’homme dispose de trois fonctions primaires: survivre, manger, se reproduire. Point final. Traduction contemporaine néo-libérale: tout citoyen aimerait vivre riche et heureux avec, dans son lit, dans sa vie, un maximum de belles femmes, même payantes. Ah oui, André Breton pensait donc que «la pornographie, c’est l’érotisme des autres». Ainsi donc, on avouera presque toujours aimer l’érotisme, très rarement la pornographie. Même s’il faut nuancer le tableau: un récent sondage Ifop a révélé que les Français assument beaucoup plus ouvertement qu’auparavant leur consommation d’images à caractère sexuel très explicite. Y compris en couples, chaque jour plus nombreux à voir ensemble des hardeurs marteaux-pilons posséder dans tous les sens des X girls débutantes jouant les femmes de chambre soumises pour 350 euros la journée. On est loin du temps où la blonde Américaine Traci Lords (… mineure pendant les tournages: scandale!) décrochait le prix de «la Plus grande actrice X de tous les temps».

    Photo: Traci Lords

    Mais attention, achtung everybody, on y revient, beaucoup de sondés se disent encore uniquement portés sur «l’érotisme», et pas du tout sur un cinéma «classé X» encore un peu honteux, en oubliant de déclarer que leurs envies profondes ont souvent tout de… pornographique. La nuit dernière, il n’est pas exclu que Jean-Sébastien Petitbois de Narbonne ait rêvé qu’il faisait torridement l’amour avec Anna Mouglalis, alors que Jean-Google de Québec se reveillait humide d’avoir virtuellement caressé la divine Megan Fox (que «le Nouvel Observateur» comparaît récemment pour son physique à… une actrice de porno!) Eh oui, mesdames et chers amis, tout cela est bien normal. Un homme couchant -c’est notre moyenne nationale!- avec moins de cinq partenaires au cours de toute sa vie, on peut supposer qu’il accumule les frustrations. Et, du même coup, les désirs personnels majoritairement refoulés (apprendre le Kamasoutra avec la Dorcel Girl Mélanie Coste, contempler à l’écran des créatures à jamais inaccessibles, découvrir de surprenantes pratiques, etc).Avec, d’après certains scientifiques, une différence nette entre les perceptions féminine et masculine du problème. Les hommes auraient une vision «parcellaire» (par «morceaux») du corps de la femme, à la différence des filles qui fantasment sur la globalité de l’enveloppe corporelle de leurs partenaires mâles. Il n’est peut-être pas inutile de préciser non plus que la durée moyenne du rapport sexuel des Français n’excède pas… quelque chose comme sept minutes, pour faire large. Et dire que la guêpe peut s’envoyer en l’air quatre jours d’affilée sans un seul break -même pas pour fumer une clope de pollen!- vous vous rendez compte…

    Photo: Megan Fox

    Deux premières conclusions un rien sérieuses s’imposent déjà. S’adressant dans 90% des cas au public masculin, la production porno internationale (naviguant en grande majorité de «médiocre» à «nulle») est donc filmée par des mecs pour les mecs avec gros plans gynécologiques alternés de tout ce que vous pouvez imaginer -sauf, évidemment, lorsque ce sont des femmes qui réalisent. Comme c’est régulièrement le cas du côté de féministes suédoises formant un courant en vogue, où des réalisatrices «traditionnelles» françaises, telle Laetitia Masson, réunies afin de mettre chacune en boîte un court-métrage X à destination de Canal+. «La chaîne du foot et du porno» en fit des tonnes dans la presse (avec succès, tout le monde tombant dans le panneau de l’alibi intello correct canaille), alors que le programme fut dans l’ensemble d’un ennui… mais alors d’un ennui… genre dimanche pluvieux à Tourcoing, mi-novembre, avec les frères Bogdanoff qui vous parleraient pendant cinq plombes dans la boue des différences entre les protons et les neutrons. Ma, qué mal de tête!
    Et peut-on parler de réel «mal de vivre» chez ces Français pour qui la sexualité représente une fraction importante de leurs pensées fantasmatiques? Certains réalisateurs spécialisés ont bien compris qu’il leur fallait égayer, enrichir, voire pallier les manques cruels de (télé)spectateurs adultes, pas franchement épanouis dans leur vie de couple. Ce qui ne transforme pas du tout ces consommateurs de pornos en hordes immondes d’affamés en manque, mais en consommateurs… inscrits dans une nouvelle norme. Ou plutôt une nouvelle donne, celle des années 2010… A suivre…

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