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  • Archives pour la catégorie « VUES DE PARIS »

    CINQ LIVRES POUR SE DORER LA PILULE AU SOLEIL

    Dimanche 16 mai 2010

    Par Philippe VECCHI

    De Claudia Cardinale par Moravia au grand écrivain français Bayon, des photos de Bettina Rheims à une rareté lyonnaise signée Ivan Schneiderlin, tour d’horizon de livres aussi peu chers que 100% recommandables.

    Pendant que la presse d’information quotidienne haut de gamme traverse une tempête financière dont elle ne voit pas le début de la fin, en pleine récession publicitaire et d’un lectorat ciblé CSP+ (dernier exemple: le Monde bientôt racheté par le Nouvel Observateur?), le marché de l’édition du livre se porte bien, merci pour lui. Les puissants «20 Heures» télé en qui les téléspectateurs croient comme à la parole de Moïse, la presse informative gratuite et les sites webs des grands journaux, tous ces éléments signalent que persiste parallèlement une quête d’imaginaire livresque parmi les consommateurs français de phrases écrites avec des mots. Tant mieux, disent les addicts de ma trempe au support papier, ceux qui n’ont pas envie de se coltiner tout Proust sur un écran d’ordinateur. Et si, côté télé, personne n’a encore atteint le niveau de flottabilité qualitative de Bernard Pivot comme animateur, le paf ne manque pas de talk-shows littéraires tenant la route: Taddéi dans «Ce soir (ou jamais!)» sur France 3, François Busnel et sa «Grande librairie» du côté de France 5, «Chez FOG» sur la même chaîne, ou encore «Bibliothèque Médicis», bonifiant l’antenne de Public Sénat. Du coup, on a fait un doux rêve: consacrer rien qu’une émission très spéciale à divers auteurs dans le vent porteur du moment. D’abord, Martin Monestier; souvent négligé comme l’auteur important qu’il est devenu au fil de livres exceptionnels sur «les Duels» ou «les Enfants assassins». Bravo à cet intellectuel d’avoir sorti un opus (au Cherche Midi) dont on a trop peu parlé, et qui restera l’un des plus beaux ouvrages illustrés contre toutes les guerres du monde entier: «les Gueules cassées», ou une succession commentée de photos de visages épouvantablement mutilés lors de la première guerre mondiale. Le choix des mots, l’horreur des photos. Ensuite, nous recevrions la photographe Bettina Rheims, sortant aux éditions de la Bibliothèque nationale de France (avec expo afférente sur place) un superbe livre d’images commentées par Serge Bramly («Rose, c’est Paris», 25 euros). Infiniment plus onéreux (deux versions, de 750 à 1500 euros!), son somptueux recueil éponyme de visions surréalistico-obsessionnelles en noir & blanc, paru chez Taschen, objet luxe dont on retiendra essentiellement les clichés non-clichés du plus beau modèle érotique actuel, Axelle Parker, dont nous avions fièrement parlé dans ces «Vues de Paris» avant tout le monde.

    Photo:© Playboy.fr – Photo Bettina Rheims

    Et puis, clé de voûte de notre émission littéraire idéale d’un soir très à part, il y aurait comme invité vedette Ivan Schneiderlin. Qui, dites-vous? Juste un écrivain de haute volée, sis à Lyon, et qui a décidé d’assumer son image virtuelle de «marginal», si ce n’est de «maudit volontaire». Un brillant journaliste de presse écrite culturelle passant, à ses heures gagnées, à la rédaction d’un ouvrage de… 24 pages titré «les Armées de la nuit». Accrochez vous pour le trouver: 32 exemplaires numérotés pour le monde entier! (aux éditions Serge Versqui). Si vous insistez lourdement, peut-être y aura-t-il retirage de cet OVNI captivant se refermant sur «Nous étions les armées de la nuit, et plus rien aujourd’hui». Erreur totale: avec ce livre à 230 euros -sans bénéfices pour l’auteur car «avec 3 eaux-fortes et pointes sèches (…) tirées sur sa presse taille-douce papier Velin d’Arches 250g etc»-, on atteint des sommets.
    Autre must, la réédition (chez Flammarion, 12 euros!) de «Claudia Cardinale», par Alberto Moravia.

    Photo: Claudia Cardinale

    En 1961, la revue glam «Esquire» commande au romancier italien, auteur du «Mépris» ultérieurement godardisé, une interview de l’une des plus belles femmes du monde, l’actrice «sauvage» originaire de la Goulette, à proximité de Tunis. L’entretien deviendra ce livre de feu après les tournages du «Guépard» de Visconti (Palme d’or à Cannes), et de «8 1/2» de Fellini -excusez du peu. Sur les 80 pages de cette interview à tête renversée, la Cardinale, mi-chatte mi-panthère, doit occuper approximativement 25% du territoire verbal, laissant au maître des mots aigus le soin d’analyser son interlocutrice comme un simple «objet apparaissant», méthodiquement décryptée de son divin visage à sa démarche de mannequin nature, en passant par une poitrine calibrée 95 qui fit réellement chuter à plusieurs reprises la machine à écrire de Moravia -homme à femmes porté de toute éternité sur les créatures sexy et contre les dérives sentimentales foireuses, comme en témoignent dans son oeuvre magistrale des oeuvres telles que «l’Amour conjugal» ou «la Chose».

    Enfin, et pompon sur le gâteau, j’aimerais hurler dans tous les journaux sourds et aveugles que le dernier livre de mon écrivain français contemporain préféré vient tout juste de sortir: pour seulement 15 euros, «Tourmalet», de Bayon, nous ramène à ce style reconnaissable entre deux millions, épuré jusqu’à l’os et reflétant une image toujours déflagrée d’un auteur surcultivé, découvert avec le choc «les Animals», prix Interrallié. Et puis aussi un livre exceptionnel d’entretien sorti post-mortem avec son ami Serge Gainsbourg, qui fait tout du long comme s’il était déjà mort, idée de folie, résultat à vous laisser assis. Imparablement troublant, survivant parmi les moins vivants, Bayon narre ici son fracassant cassage de gueule à vélo dans le Col du Tourmalet -bien connu des adeptes du Tour de France. Sauf que dommage, Bayon a beau être un faramineux écrivain, trop peu de lecteurs en France le savent. Jusque-là, il n’a été invité que dans la courte mais efficace séquence télé quotidienne «Dans quelle étagère?» de Monique Atlan, en attendant une fatale sous-exposition médiatique. Eh, oh, les gars de la télé, ce n’est pas parce que Bayon ne peut rien vous apporter façon «renvois d’ascenseurs» coutumiers dans ce milieu et bien d’autres… Il serait temps que le temps donne raison au grand écrivain, l’homme «d’une préfiguration hivernale suivant la nationale déserte, calfeutrement de province au détour de l’été». Comment dit-on en onze lettres, déjà? Ah oui, chef d’oeuvre -pas mieux!

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    MICHAEL MOORE EN DVD: UNE AMERIQUE PAS BELLE A VOIR

    Vendredi 2 avril 2010

    Par Philippe Vecchi


    « Capitalism: A Love Story », du cinéaste palmé à Cannes Michael Moore, qui vient de sortir en DVD (Paramount) en France, est très exactement le genre de film réussi parce qu’il parvient à vous coller une haine pas possible. On avait déjà tous les éléments en main, mais l’accumulation, la stratification des horreurs sociétales ici montrées finit par exploser en climax insupportable. Car, à analyser les cas infinis et différents de franges entières de la population américaine, massacrées par une politique régie à la hache entreprenariale et à la guillotine boursière, Michael Moore fait au milieu de son long métrage à caractère documentaire ressortir une vérité puissante: « l’Amérique n’est plus une démocratie ». Et c’est vrai! C’est précisément ce que dit dans son dernier spectacle (coécrit par les fondateurs des « Guignols » de Canal+ Bruno Gaccio et Jean-François Halin) le comique français en circulation le plus balèze, Patrick Timsit: « La liberté, c’est là-bas qu’elle est entérrée! ». Ce n’est plus une démocratie parce que depuis le 4 novembre 1980, date de l’élection comme président du monde (en gros) du plus mauvais acteur américain, Ronald Reagan, elle s’est transformée en trois décennies en « ploutocratie »: le fameux « 1% le plus riche des Etats-Unis » détient plus de valeurs financières que les 95% des plus pauvres. Waow… Bingo! Impressionnant pour des donneurs de leçons internationaux, chantres de l’Ordre moral ultra puritain et autres pièges à rats tel que le Patriot Act. Dans le même temps, on sait aussi de source sûre que les même lobbyistes qui font voter au Congrès les lois les plus atrocement répressives, se retrouvent entre eux le soir-même pour sniffer de la cocaïne à gogo sur le corps dénudé de mannequins slaves, mineures et endettées.

    En cinéaste mondialement reconnu du « 11 septembre » et de la défense des opprimés d’un système capitaliste poussé à l’extrême de ses possibilités destructrices, Michael Moore s’emploie d’emblée à démonter la mécanique des expulsions, filmant des déménageurs protégés par la police armée jusqu’aux dents en train de jeter à la décharge publique les meubles de prolos qui ont eu montre en main un mois pour décamper et ainsi perdre le fruit du travail d’une vie, sans même savoir où il vont pouvoir dormir. Pas dégueulasse non plus dans le style abject : une entreprise (vous découvrirez laquelle dans « Capitalism, A Love Story ») parmi les plus riches du pays voit l’une de ses employées mourir de maladie. Elle avait 26 ans, l’âge le plus rentable: son décès a rapporté 81000 dollars à sa boîte, qui n’en a pas reversé un seul à la famille éplorée et surendettée de 100000 dollars pour les frais médicaux + 7000 pour les obsèques de sa fille. Sauf que voilà, la page est tournée, grâce à Obama qu’on a envie d’embrasser sur la bouche, maintenant, c’est la Sécurité Sociale pour tous les pauvres! Et que Bush Senior, Junior et consorts restent surtout à picoler leur Budweiser dans leur giga propriété du Maryland et à jouer à vie au lancer débile de fer à cheval.

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    Erotisme, cinéma porno, sexualités de foules: que faire du X en 2010?

    Mercredi 27 janvier 2010

    Par Philippe Vecchi

    En avance d’un phénomène de masse, l’écrivain André Breton écrivit, un jour d’inspiration visionnaire, que «la pornographie, c’est l’érotisme des autres».

    Photo: Philippe Vecchi – Journaliste au Nouvel Observateur

    Un aphorisme d’une éternelle justesse. Car, autant l’érotisme semble refléter un classique trip bourgeois raffiné sagement transgressif, autant le porno reste d’une impureté diabolique aux yeux des citoyens puritains. Lobbystes bien-pensants ou censeurs septuagénaires décidant arbitrairement de ce qui est bon ou pas pour nous sur cette Terre où, à ma connaissance, on ne se reproduit pas encore par l’opération du Saint Esprit. C’est que depuis la nuit des temps, l’homme dispose de trois fonctions primaires: survivre, manger, se reproduire. Point final. Traduction contemporaine néo-libérale: tout citoyen aimerait vivre riche et heureux avec, dans son lit, dans sa vie, un maximum de belles femmes, même payantes. Ah oui, André Breton pensait donc que «la pornographie, c’est l’érotisme des autres». Ainsi donc, on avouera presque toujours aimer l’érotisme, très rarement la pornographie. Même s’il faut nuancer le tableau: un récent sondage Ifop a révélé que les Français assument beaucoup plus ouvertement qu’auparavant leur consommation d’images à caractère sexuel très explicite. Y compris en couples, chaque jour plus nombreux à voir ensemble des hardeurs marteaux-pilons posséder dans tous les sens des X girls débutantes jouant les femmes de chambre soumises pour 350 euros la journée. On est loin du temps où la blonde Américaine Traci Lords (… mineure pendant les tournages: scandale!) décrochait le prix de «la Plus grande actrice X de tous les temps».

    Photo: Traci Lords

    Mais attention, achtung everybody, on y revient, beaucoup de sondés se disent encore uniquement portés sur «l’érotisme», et pas du tout sur un cinéma «classé X» encore un peu honteux, en oubliant de déclarer que leurs envies profondes ont souvent tout de… pornographique. La nuit dernière, il n’est pas exclu que Jean-Sébastien Petitbois de Narbonne ait rêvé qu’il faisait torridement l’amour avec Anna Mouglalis, alors que Jean-Google de Québec se reveillait humide d’avoir virtuellement caressé la divine Megan Fox (que «le Nouvel Observateur» comparaît récemment pour son physique à… une actrice de porno!) Eh oui, mesdames et chers amis, tout cela est bien normal. Un homme couchant -c’est notre moyenne nationale!- avec moins de cinq partenaires au cours de toute sa vie, on peut supposer qu’il accumule les frustrations. Et, du même coup, les désirs personnels majoritairement refoulés (apprendre le Kamasoutra avec la Dorcel Girl Mélanie Coste, contempler à l’écran des créatures à jamais inaccessibles, découvrir de surprenantes pratiques, etc).Avec, d’après certains scientifiques, une différence nette entre les perceptions féminine et masculine du problème. Les hommes auraient une vision «parcellaire» (par «morceaux») du corps de la femme, à la différence des filles qui fantasment sur la globalité de l’enveloppe corporelle de leurs partenaires mâles. Il n’est peut-être pas inutile de préciser non plus que la durée moyenne du rapport sexuel des Français n’excède pas… quelque chose comme sept minutes, pour faire large. Et dire que la guêpe peut s’envoyer en l’air quatre jours d’affilée sans un seul break -même pas pour fumer une clope de pollen!- vous vous rendez compte…

    Photo: Megan Fox

    Deux premières conclusions un rien sérieuses s’imposent déjà. S’adressant dans 90% des cas au public masculin, la production porno internationale (naviguant en grande majorité de «médiocre» à «nulle») est donc filmée par des mecs pour les mecs avec gros plans gynécologiques alternés de tout ce que vous pouvez imaginer -sauf, évidemment, lorsque ce sont des femmes qui réalisent. Comme c’est régulièrement le cas du côté de féministes suédoises formant un courant en vogue, où des réalisatrices «traditionnelles» françaises, telle Laetitia Masson, réunies afin de mettre chacune en boîte un court-métrage X à destination de Canal+. «La chaîne du foot et du porno» en fit des tonnes dans la presse (avec succès, tout le monde tombant dans le panneau de l’alibi intello correct canaille), alors que le programme fut dans l’ensemble d’un ennui… mais alors d’un ennui… genre dimanche pluvieux à Tourcoing, mi-novembre, avec les frères Bogdanoff qui vous parleraient pendant cinq plombes dans la boue des différences entre les protons et les neutrons. Ma, qué mal de tête!
    Et peut-on parler de réel «mal de vivre» chez ces Français pour qui la sexualité représente une fraction importante de leurs pensées fantasmatiques? Certains réalisateurs spécialisés ont bien compris qu’il leur fallait égayer, enrichir, voire pallier les manques cruels de (télé)spectateurs adultes, pas franchement épanouis dans leur vie de couple. Ce qui ne transforme pas du tout ces consommateurs de pornos en hordes immondes d’affamés en manque, mais en consommateurs… inscrits dans une nouvelle norme. Ou plutôt une nouvelle donne, celle des années 2010… A suivre…

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    Le bilan des années 2000 à la télévision française, un roman éphémère

    Mercredi 23 décembre 2009

    Par Philippe Vecchi

    Suite et fin…

    Bilan 2000 (5/7): la révélation
    Mélissa Theuriau pour «Zone interdite»

    Photo: Mélissa Theuriau

    Les animateurs, dans la perception du public, c’est comme les acteurs, les politiciens ou Michel Sardou: chacun son propre goût versatile. Début des années 2000, Jean-Luc Reichmann est «l’animateur préféré des Français», pendant que Nagui stagne au placard. Décembre 2009, Nagui est incontestablement «l’animateur préféré des Français», tandis que TF1 cherche à remplacer d’urgence l’émission de Reichmann, achevée à coups de talons frontaux par… Nagui. A part ça, inutile de chercher dans notre round-up tous les présentateurs apparus depuis dix ans. Comme les Gremlins, ils s’affolent partout dès que la TNT les arrose, ou sur le câble, votre téléphone, sous peu encastrés dans votre frigo. Une tendance cependant intrigue: quand ils ont le physique de Guy Lagache ou de Laurent Delahousse (ex LCI), les journalistes émergents ont la cote nationale, les chaînes info ayant beaucoup essaimé.

    Photo: Marie Drucker

    Il n’est que de situer l’actuel degré de popularité de Marie Drucker et Harry Roselmack (formés à I Télé par le même Bernard Zekri), ou encore celui de l’animatrice de «Zone interdite» sur M6 depuis bientôt quatre ans, celle vers qui va implacablement et ce depuis ses débuts sur LCI (via Jean-Claude Dassier) notre préférence de téléspectateur, Mélissa Theuriau. Concernant la plastique de cette jeune trentenaire -qui aurait pu devenir très vite riche si elle avait cédé aux sirènes des publicitaires japonais, français-, il serait injurieux de vous en faire l’article. Ce que l’on omet plus aisément, c’est que sa présence subtile à l’image, sa voix étrange, son goût pour le décryptage social en 9 mois d’enquêtes et son sens de l’interview clairvoyante, sont le pur produit d’un travail de soutier. Scotchée jusqu’à 24 ans à Grenoble, sa ville, pour décrocher deux diplômes liés à l’information et aux médias, elle remonte un à un les maillons de la chaine de fabrication des reportages. Pas vraiment le genre «cuillère en argent dans la bouche», Mélissa Theuriau; pas même un soupçon de cette grosse tête consubstantielle à la fonction. Juste le souci de faire la meilleure émission innovante possible (objectif atteint, de surcroît avec une moyenne de 4 millions de téléspectateurs rajeunis), en préservant sa vie privée auprès de son époux Jamel Debbouze, avec lequel elle a eu un fils et plein de paparazzi bourrins autour. Pour conclure, elle hommage directement sa corédactrice en chef, Valérie Troisier, le patron de l’info M6 Jérôme Bureau, mais aussi Alain de Greef (ex Canal+) et Bernard Zekri (ex I Télé et Canal) «qui me disent cash les choses, symbolisant le journalisme que j’aime». Au fait, ce ne serait pas aussi la fille qui a refusé le «20 Heures» de TF1 et le salaire éléphantesque qui va avec? Si. Et ça, c’est pour nous au minimum le Livre des Records, au lieu du Mérite agricole…

    Bilan 2000 (6/7): culture, humour
    Taddeï, «Groland Mag Zine» et le «Jamel Comedy Club»

    Photo: Jamel Debbouze

    «La représentation littéraire de la cruauté chez Kant» -épatant- sur France Culture, début décembre, était-ce vraiment à crever de rire? «Franck Dubosc s’enthousiasme pour le nouvel album de Dany Brillant» il y a peu chez Michel Drucker, sur Europe 1, est-ce encore de la culture? Certes, on ne vous fera pas avaler que rigolade et connaissance(s) du monde relèvent de la même école médiatique. Mais quand même. On aime bien lorsqu’un minimum d’humour contribue à étancher notre soif de culture (chez Pierre-Louis Basse par exemple, le samedi sur Europe 1), comme quand un brin d’esprit vient teinter ces stases de rigolade nécessaires à notre survie (de Alévêque à Foresti, sortis de «On a tout essayé»). Remonter une décennie de programmes culturels et humoristiques promettant d’être fastidieux, on en restera aux émissions de débat et de comédie en cours à la radio-télévision française. La culture? Avec la suppression de la publicité après 20 heures sur le service public, on devait en croquer par tous les bouts, au-delà de ce que Arte principalement nous propose. Sauf que voilà, notre intime conviction perdure que la radio conserve en ce domaine de belles longueurs d’avance. On reviendra très vite sur «Masse critique», la formidable émission du dimanche de France-Culture, non sans avoir ici pointé du doigt le talk-show télé qui nous sied. Pour la quatrième saison consécutive, France 3 a rempilé avec «Ce soir (ou jamais!)». Premier avantage, on sait d’emblée, en soupesant la teneur du débat, si l’on va rester ou pas. Et bien souvent, on campe devant: animateur rigoureux, passes d’armes vigoureuses et forte réactivité à l’actu, la quotidienne moderne de deuxième partie de soirée de Frédéric Taddeï est la meilleure surprise de cette fin des années 2000. L’humour? Alors là, compliqué de départager deux programmes de feu.

    Photo: Groland Magzine

    Par ordre d’apparition, «Groland Mag Zine» (plus de 15 ans d’existence) chaque samedi, en clair, sur Canal+, et le beaucoup plus récent «Jamel Comedy Club», sur la même chaîne mais moins souvent. Mon premier reste ce brulot politico-punk-pouët-pouët de haute volée offensive, avec Moustic devant, Benoit Delépine derrière, et au dessus notre président à tous, le grand Christophe Salengro. Mon second constitue la meilleure réponse des «minorités ethniques et sociales» au gros du troupeau. Du stand-up de banlieue défouraillé avec l’accent africain, arabe ou chinois, signalant l’émergence de Fabrice Eboué, Thomas N’jijol ou du hard-rockeur Dedo, et confortant aux commandes le virtuose Jamel Debbouze, dans un pays où l’on compte désormais deux comiques professionnels et pas un seul «intellectuel» parmi les cinq Français préférés des Français. Si ça, ce n’est pas une tendance tout à fait contemporaine…

    Bilan 2000 (7/7): ultimes beautés cathodiques
    Des canons du christianisme aux bombes sexuelles

    Photo: Megan Fox

    Bien sûr, on aurait pu clore notre récapitulatif des années 2000 à la télé française en martelant des évidences: 1) décennie Endemol de la télé-réalité contestée, du choc «Loft Story» au succès «Top à la bimbo-vachette!» «Secret Story»; 2) duels acharnés entre télé-crochets, la «Star Academy» (mise en sommeil) le disputant à «Nouvelle star» (mise en demeure de faire oublier le branquignol Soan), et «X Factor» sur W9 pour son animateur impeccable; 3) apparition de la TNT -premiers tests en 2005, 80% de la population couverte trois ans plus tard-, ces chaînes gratuites captant désormais plus d’un quart de l’audience gobale. On aurait dû vous parler encore de PPDA répudié, des insubmersibles mérous de «Thalassa», et même de sport (rien que l’arrivée de Pierre Ménès sur C+, la sous-utilisation de la troublante Christine Carnaud sur Infosport, ou l’invasion des débats sur le foot). Comme on ne saurait négliger l’intérêt croissant du public pour le courant documentaire. Mais s’il devait n’en rester qu’un, ce serait «l’Origine du christianisme» en dix volets et sa suite, «l’Apocalypse» (Arte Vidéo), de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, diffusés respectivement en 2003 et 2008 par la chaîne franco-allemande. Magnifique travail métaphysico-bressonien regroupant les meilleurs théologiens du monde. Et puis, on a réalisé qu’un baisser de rideau sur les femmes transcendantes de cette décennie serait le bienvenu. Pas les Françaises (n’en froisser aucune!). Bien plutôt, ces créatures de séries américaines qui font crescendo peur aux stars hollywoodiennes.

    Photo: Louise Bourgoin

    On a ainsi découvert une myriade de filles splendides, traversant «Nip/Tuck», «Dexter» ou «Las Vegas», cette dernière production propulsant Nikki Cox au rang de «girl next door» excitante de simplicité sexy. TF1 aura aussi révélé Yvonne Strahovski en agent de la CIA dans «Chuck», M6 la beauté d’apparitions latinos et métisses, Canal+ une ex-miss météo du «Grand Journal». Ok, on avait dit: «pas de Françaises», mais là, c’est différent. Quand François Cluzet vous prédit que l’éblouissante Louise Bourgoin ira loin au cinéma, zéro discussion possible. Pas plus que pour l’Américaine Megan Fox, actuellement sacrée plus belle comédienne du monde à 23 ans. Pas d’accord? Soit, il en va de votre libre-arbitre. Car devant tant d’éclats fantasmatiques, le nôtre ne sait même plus où donner du discernement…
    Ah si: joyeuses fêtes à tous!

    « Merci au Nouvel observateur » et Site du téléobs

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    Le bilan des années 2000 à la télévision française, un roman éphémère

    Lundi 21 décembre 2009

    Par Philippe Vecchi

    Bilan 2000 (1/7): la série

    «Oz» de Tom Fontana

    Photo: La série « Oz »

    On sait bien qu’après lecture de cet article, premier d’une série longue comme les péchés capitaux de la blogosphère, il y aura controverses internes. Tirer le bilan des années 2000 à la télévision française, c’est courir le risque de fâcher les uns en frustrant tous les autres. Mais il faut bien se jeter dans la mêlée comptable, attraper partialement cette décennie des faux et vrais bugs en pointant ce qui subsistera, pour commencer, du triomphant rayon «Séries» (à 80% américaines en clair), après le règne années 90 des «Sopranos» (drama) et de… «Friends» (comédie). Ce clivage assez net a refait surface, avec l’émergence parallèle de productions hybrides haut de gamme telles que «Las Vegas», «Boston Justice» ou «Six Feet Under».

    Photo: La série « Las Vegas »

    Il serait vain d’énumérer tout ce que nous avons aimé («Dexter», «Mad Men», «Californication», «Sur écoute», «les 4400» produits par Coppola, «Deadwood» et pas mal d’autres), comme d’apposer ici tout à fait prétentieusement la mention «Meilleure série des dix dernières années». «La série», ça suffira. Et elle a un nom, deux lettres pour un total chef d’oeuvre criminel, passionnel, déchirant: «Oz» (1997/2003, six saisons en DVD Paramount). Oz, ou le pénitencier fictionnel le plus violent et expérimental des Etats-Unis. Pour vous donner une idée de notre frénésie idolâtre, ces quelque 60 heures de film à suivre impérativement en entier, dans l’ordre et en VO, on les a vues à trois reprises. Comme si, au global, on avait passé une semaine de notre vie à frayer jour et nuit avec le talent immense de Tom Fontana (créateur, auteur, producteur avec Barry Levinson, etc), petit génie italo-américain hébergé par la chaîne HBO. Mais attention les yeux, «Oz», c’est avant tout un trauma permanent. Il y a plus d’atrocités au cours du premier épisode que dans tout «Nip/Tuck»; un condamné italien retrouvé mort par le feu à l’isolement, moult sévices définitifs -comme le tatouage d’une croix gammée par un «Aryen» sur l’intimité d’un avocat naïf, l’un des pivots d’une noria de «héros» répartis en dix groupes religieux, raciaux, sociétaux. Ayant mariné six saisons dans le même jus mi-hardcore mi-allégé en pathos, les acteurs sont extraordinaires, certains devenant paradoxalement nos personnages «amis» (du chef des musulmans aux frères irlandais «no limit» O’Reilly), quand d’autres resteront des repoussoirs mortels (nazis, intégristes, un gouverneur républicain énorme de cynisme assassin, etc). Enfin, c’est peu dire que «Oz» roule contre la peine de mort. Il s’agit même de sa fonction-moteur dans un pays où les faits et statistiques carcérales atterrent. «Oz» n’aura pas changé le système, mais notre vie. Simplement parce qu’on n’attendait pas de la fiction télévisée en longueur quelque chose qui ressemble à du si grand cinéma.

    Bilan 2000 (2/7): la dvdphilie

    Meilleur éditeur DVD cinéma: MK2

    Photo: « Funny Games » de Michael Haneke

    La technologie aura si vite évolué au fil des années 2000 que l’on en a presque oublié que l’apparition officielle du DVD ne remonte qu’à 1995. Les maisons de production ont dû remiser la dégradable cassette VHS au bazar des antiquités instantanées; et puis graver, graver encore des montagnes d’œuvres filmées. Se pose ainsi la question qui divise: quelle société marchande, en France, aura le plus justement assouvi nos désirs de ciné-dvdphiles? Sur un marché où les prix de vente signalent une tendance baissière, renforcée par le succès des magasins cost-killers ou des magazines télé bradant des films populaires, l’offre reste assez optimale. La plupart des grands cinéastes patrimoniaux vivent bien leur nouvelle vie en DVD, mais il faut toujours s’accrocher pour dénicher du Leo McCarey ou Tod Browning. Le principe de notre tour d’horizon étant de pointer une préférence, la nôtre va à la maison MK2. Aujourd’hui dirigée par le jeune (32 ans) et brillant Nathanael Karmitz, fils du producteur homme-orchestre Marin, MK2 est la société indépendante de pointe, dotée d’une politique d’édition remarquable. Initiée par Nathanael Karmitz (avec Truffaut et l’intégrale Chaplin), celle-ci a ensuite été développée par l’excellent Rachid Boukhlifa. Résultat: l’apparition de coffrets «cinéastes» et thématiques (grandiose «les Eternels», 20 films, du «Diable boiteux» de Guitry à Lynch).

    Photo: « Le Kid » de Charlie Chaplin

    Plus une part du gratin des metteurs en scène: Bresson, Dreyer, Gus Van Sant, Resnais, Kurosawa, Chabrol, Kiarostami, Tarkovski, Kieslowski, etc. Au risque d’y laisser parfois des plumes financières pour la beauté arty du geste cinéphile. Grâce à MK2 et sa volonté de pérenniser des films majeurs mais pas toujours plébiscités par le plus grand nombre, Noël 2009 s’enrichira de nouvelles compilations Lang, Murnau, Assayas, ou encore Hedi Slimane, l’influent créateur de mode qui a rassemblé onze films «indé» américains sur la jeunesse en assurant design et photos. 2500 exemplaires/monde sans retirage, le cadeau branché définitif. Dernier symptôme de la ligne éditoriale MK2, la sortie de la première intégrale Michael Haneke, détenteur en prime de l’ultime palme d’or cannoise de la décennie («le Ruban blanc»). L’objet rectangulaire, sobre et chiadé, de l’iconographie à la typographie subliminale, est excitant comme un livre d’art dans une confiserie culturelle. Neuf longs métrages, dont «Code inconnu» et «Funny Games», pics récents d’une filmographie entamée en 1989 mais qui aura surtout épousé comme peu d’autres angoisses vitales et cauchemars criminels des années 2000, entre chocs cliniques fondamentaux et rigueur de l’inventivité formelle. Une trace dans l’histoire du cinéma, cette collection MK2: du strict collector contemporain.

    Bilan 2000 (3/7): la fiction française
    Le phénomène «Plus belle la vie»

    Photo: Comédienne de « Plus belle la vie »

    Sur le terrain de jeu des fictions, cette décennie aura efficacement tiré sa révérence sur le triomphe partout salué de «Braquo», initié et diffusé par Canal+. Dix années de téléfilms, de Josée Dayan à Olivier Marchall, de séries loufoques («Kameloot») en sagas lacrymogènes («Méditerranée»), de valeurs populaires toujours sûres (Mimie Mathy, Ingrid Chauvin) en bides qualitatifs. Mais surtout, les années 2000 auront vu l’éclosion d’un phénomène inattendu, unique dans l’histoire de la télévision française: «Plus belle la vie» a fêté son millième épisode le 11 juillet 2008, une première il est vrai historique. Sur le modèle des feuilletons anglais quotidiens («Coronation Street» au premier chef, qui s’éternise depuis 1960), on en était alors à 9000 heures de tournage, 16000 séquences bouclées, 750000 lignes écrites par un aréopage de scénaristes tournants, et 8160 brushings. Tout avait démarré sur France 3 le 30 août 2004, avec des coûts de production déjà relativement élevés (aujourd’hui à peu près 90000 euros par épisode), mais des audiences médiocres (autour de 7% de parts de marché). Tandis que beaucoup spéculaient sur l’inaptitude de «PBLV» à faire face aux JT, la chaîne qui s’était engagée à diffuser 100 épisodes resserrait les boulons d’intrigues de plus en plus agitées, avec des engueulades hystéros récurrentes, des ruptures adultes, des trahisons adolescentes, et puis aussi des meurtres. Plein. En septembre 2009, on en était à 70 morts. 70! En cinq ans, dans un quartier grand comme le fictif Mistral marseillais, ça vous hisse le taux de criminalité au niveau de celui du Bronx par temps de foudre.

    Photo: Marseille

    On aura tout vu: des fantômes, tout le monde couchant avec tout le monde, une épidémie mortelle, un langage très dessalé, un flic qui se met à la colle avec une pute, des chantages voire des empoisonnements. Et plus l’audience explosait -atteignant les 6 millions de téléspectateurs-, plus le feuilleton s’obscurcissait, jusqu’à se la jouer il y a peu «les Experts Marseille» (avec la fausse mort de Vincent Chaumette). A raison d’au moins 5 millions de téléspectateurs par jour ouvrable, vous pouvez imaginer à quel point les acteurs de «PBLV» sont devenus d’intrusives figures populaires, dont on ne connait pourtant pas le vrai nom. Et même si perdure l’essentiel du noyau dur des héros génériques gravitant autour de Roland le cafetier, aujourd’hui, un chat n’y reconnaîtrait plus ses chiens. Excepté le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui a bien compris l’intérêt de récupérer l’affaire ultra juteuse sur le seul mode qui finalement tienne. Si les années 2000 furent au cinéma celles de «Ch’tis» du Nord, elles resteront en télé tout à fait marseillaises. Mais sans l’accent du Sud. Et ça, c’est ce qui persistera pour nous comme le plus grand mystère du truc…

    Bilan 2000 (4/7): l’emblème

    «Tout le monde en parle» de Thierry Ardisson

    Photo: Thierry Ardisson pour « Tout le monde en parle »

    Les années 2000 se terminent et c’est dans notre rétroviseur mental que s’impriment déjà les images d’un passé si proche. D’abord informatives et américaines, des nuées irréelles du 11 septembre 2001 à l’annonce de l’élection d’Obama sur CNN par une journaliste en hologramme mouvant, pour la toute première fois dans l’histoire du direct. Novembre 2009, encore: la reine multimilliardaire de la télévision mondiale, Oprah Winfrey, annonce en pleurant son retrait définitif de l’antenne. A quelques jours d’intervalle, la cinéaste française Catherine Breillat raconte dans un livre («Abus de faiblesse»), puis en en riant sur Canal+, comment Christophe Rocancourt l’a délestée de tout son argent (860000 euros). Quel rapport entre ces quatre événements? Cette idée qu’une image en cache toujours une autre aussi parlante, et que ne subsisteront bientôt de dix années de spectacle télévisuel qu’une rafale de flashs intenses. Mais de grâce, pas d’abus de langage cette fois, laissons les «concepts» aux philosophes et à la télévision ses «formats» et «grilles». Un programme de flux reste une somme de trouvailles imbriquées au carré que l’on cadenasse, dans l’espoir de ratisser le plus large possible sur un marché visé, point barre. Avec quelques exceptions confirmant la règle. Premier de cordée, le cas «Tout le monde en parle». L’émission transgénérationnelle… d’une génération. Ah oui, Breillat sur Canal+, ce récent et formidable moment de télé, c’était chez Thierry Ardisson aussi, mais dans «Salut les terriens», preuve de son manifeste retour en forme avec une émission trop courte mais qui, en quatrième saison, se rapproche en douceur de… «Tout le monde en parle».

    Photo: « Salut les terriens » – Canal +

    Et c’est franchement tant mieux, parce qu’on aurait aimé que Patrick de Carolis ne nous prive pas arbitrairement de ce rendez-vous du samedi soir, auquel un tiers des téléspectateurs se rendait avec le même enthousiasme que les invités, pour qui tout passage signifiait consécration. Il fallait en être et tous ou presque en furent, de la bimbo décorative au penseur anti-Bush. Ardisson venait d’inventer «le talk-show généraliste», l’agora réflexive et mordante (avec le sniper Baffie et la productrice Catherine Barma), secouée de gimmicks visuels et sonores fédérateurs. Mon tout en naviguant du bordel impertinent de ses années Bains-Douches à la rigueur pertinente de l’investigateur aux 300 fiches par émission, pour un bouquet final de 20 heures de montage d’affilée. On peut traiter Ardisson de tous les noms, aimer le détester, fustiger sa morgue, rester bloqué sur «sucer c’est tromper?», il n’empêche que l’animateur aura marqué son temps en nous faisant passer le nôtre de mémorable manière. Comme le show d’Oprah Winfrey justement, «Tout le monde en parle» aurait pu durer 25 ans. Aurait dû: encore merci pour le gâchis.

    « Merci au Nouvel observateur » et Site du téléobs

    À SUIVRE…

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