ATTENTION LES JEUNES, LES VIEUX VONT MORDRE!
Mardi 10 novembre 2009Par Philippe Vecchi
Photo: Ingrid Bergman
Tandis que la décennie qui s’annonce toque âprement à la porte de 2009, un fait est avéré: on va encore se prendre un détestable coup de vieux. Sauf les jeunes. Or, l’un des embarras de ce siècle galopant, c’est que «vieux», pour ceux qui pensent ne pas l’être encore, ça commence de plus en plus tôt. A quel âge bascule-t-on dans la catégorie «Boulevard du crépuscule»? Qu’est-ce qui nous dit qu’Alzheimer ne va pas nous sécher en pleine quarantaine? Mais quelle est la date réelle de péremption d’un citoyen expulsé de l’une des catégories reines des annonceurs publicitaires à la télévision, les «15-35» ans? Les «ménagères» de plus de 50 balais seraient-elles tellement « out » qu’on ne percevrait plus l’utilité de spéculer sur les dividendes de leurs fonds de pension? C’en est trop. Cet article plaisantin et partial vaudra donc mini-pamphlet. Quand le papy-boom va leur exploser aux maxillaires, dans une France où les centenaires semblent se reproduire (hors canicule) comme des lapins (de garenne), les jeunes ne seront plus assez nombreux pour que n’opère pas, manu-militari, une authentique politique de vieux cons qu’ils auront bien méritée. Ourdie dans l’ombre, à coups de chaînes câblées ciblées seniors style « Vivolta », et de magazines avec cigares et golf pour sexagénaires ex-hippies (mais hélas, Jean-François Bizot, créateur d’ »Actuel » et de « Radio Nova », est mort), la dictature de l’anti-jeunisme se prépare. Même que dans vingt ans, on ne parlera plus de «racaille» délictueuse, mais de l’exponentielle délinquance sénile. Qui ne lassera pas de stupéfier. Aujourd’hui et régulièrement, des septuagénaires japonais à la rue poignardent au hasard, blessent et tuent dans les files d’attente, pour finir leur vie en taule, un peu plus au chaud.
Photo: Magazine « Actuel » crée par Jean-François Bizot.
Lors d’une de ses «Nuits», la radio France-Culture fut l’une des toutes premières à lever le lièvre, voilà de cela six ans. On aurait aimé voir les images correspondant à ce qui fut narré, rapport à la croissante proportion de voyous chez les vieillards dans les camps de retraités de Miami. Plus de 50000 personnes dans des concepts villes (ambiance «la Croisière s’amuse à mort»); et des octogénaires tranquilles, pistonnés par les édiles politiques du coin, qui se prennent à partir méchamment en sucette: viol sur voisine de 74 ans, fréquentes agressions à tremblante main armée, vol à l’arraché avec délit de «fuite claudicante»; on se croirait dans un remake gorissime de «Cocoon» par David Cronenberg bourré.

Photo: Affiche « Cocoon » de Ron Howard
On vous le glapit, dans les temps futurs, le Viagra sera l’ecstasy des soirées où s’éclater à l’extrait de camomille-bière. Il n’y aura plus de «Taxi VI» ou de «Fight Club» pour amuser la galerie postado acnéique. On ira voir «les Enfants du marais numéro 4» et «Gaston Dominici contre le fantôme de Tatie Danielle». Et quand les moins de 25 printemps ne représenteront plus que 13,3% de la population, courbés sous la férule vengeresse des «65 ans et +», on s’apercevra qu’ils auraient dû écouter les vieux d’avant.
Photo: Affiche Citizen Kane
Que Fellini leur soit aujourd’hui inconnu, et alors? Qu’ils ignorent qu’Orson Welles réalisa «Citizen Kane» à 29 ans, Truffaut «les 400 coups» à 27 ans, Coppola «Dementia 13» à 24, ou encore que Steven Soderbergh devint le plus jeune palmé d’or de l’histoire de Cannes à l’âge de 26 ans, passe encore. Mais qu’ils nous infligent l’actuel torrent de « Secret Story » et autres bouffonneries musicales décervelantes, c’est le genre de faute de goût qui ne se rattrape pas. N’oubliez pas que le chanteur des 2B3 en est mort. Cher jeune, laisse nous te donner un conseil lecture pour toute ta vie: mets la main sur un livre rare, inouï, signé d’un réalisateur italien tellement cacochyme qu’il en est mort, Roberto Rosselini. Avec l’actrice Ingrid Bergman, il forma l’un des couples les plus classes qu’il ait été donné de voir. Extrait de «la Télévision comme utopie» (Cahiers du cinéma/Essais): «Les découvertes sur le fonctionnement du cerveau, inaugurées en 1962, nous signifient que, dans le meilleur des cas, nous n’utilisons que 10% de nos capacités. Et que faisons-nous? Nous nous laissons entraîner par notre tendance au délire et nous avons abandonné complètement la recherche de la rationalité, une aventure pourtant merveilleuse. Acquérir plus de connaissances est une entreprise aussi belle que celle qui consiste à développer le monde de l’imagination. Cela relève moins de l’onanisme et c’est plus constructif». Traduction (au cas où, hein): «onanisme» = «de la branlette».
Photo: Marcello Mastroianni
Celle-là, cher ami jeune, relis la in extenso s’il te plait -sans faire «lol» de préférence- et n’oublie pas ce que nous raconta un beau jour le réalisateur italien récemment défunt (à l’âge de 90 balais), Dino Risi, à l’issue d’une projection privilégiée à deux de son génial «Fanfaron». Quelques temps plus tôt, il avait surpris une paire d’amis, déjà très vieillissants, l’acteur Marcello Mastroianni et le cinéaste Marco Ferrerri, en train de mater un documentaire animalier. Assis côte à côte. Main dans la main. Muets. Dégoûtés des hommes. Ça calme.

Bonjour et bienvenue. Dans « Une Parisienne à Montréal », je vous ferai découvrir Montréal et ce qui en fait pour moi une ville unique, étonnante et surprenante. Je vais rencontrer les designers, les artistes au sens large, mais aussi tous ces Français qui se sont installés ici et qui font vibrer cette grande ville bilingue multiculturelle. Je vous révélerai leurs histoires, leurs coups de cœur, leurs bons plans, leurs bonnes adresses. De l’autre côté de l'Atlantique, Philippe Vecchi partagera avec nous ses vues de Paris.