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  • Archives pour le mot-clef « Philippe Vecchi »

    « Episodes », la série festive qui ressuscite enfin Joey de « Friends »

    Samedi 24 décembre 2011

    par Philippe Vecchi

    Photo: Série « Épisodes »

    Inutile de tourner autour du pot, autant torpiller direct tout le miel: cette série que la France découvre est un enchantement. A l’extrême limite, on pourrait concéder que le premier épisode d’«Épisodes» (rigolo, non?) n’est pas exempt de langueurs monotones, motivées par une mise en place très collet-monté, au pays de Queen Mother. Un contraste vite bienvenu puisque « Episodes » va fissa changer de braquet pour mener au choc frontal, faux-cul, gondolant, vulgaire mais finaud, d’un couple de créateurs d’une série britannique à succès, les Lincoln, avec l’ex-star américaine des 236 épisodes du mythe de poche «Friends»: Joey -ou plutôt l’acteur Matt le Blanc (qu’on adore) dans son propre rôle, mais doté d’une morale foireuse et d’un sexe à mortifier Rocco Siffredi. Avec le héros de « Hung » (cf. nos « archives » récentes), la mode semble décidément à la fantasmatique éléphantesque. Imposé comme héros de l’adaptation américaine de la série british par un diffuseur aussi cinglé que puissant, Matt n’a accepté que pour l’argent. Autant dire qu’il ment comme un arracheur de dents sur ses motivations réelles, qui le poussent parallèlement à culbuter dans son intérêt propre toute femme à velléités sexuelles. La production invite donc le couple upper-middle-class droit dans ses bottes à Beverly Hills, afin de couder son concept aux habitudes des téléspectateurs du Minnesota, du Texas et de Plouc-Land, où il faut bien que le très grand public percute lui aussi, même avec un QI pointure 38.
    En somme, sous couvert d’être accueillis comme les nouveaux rois du monde, hébergés dans une demeure rococo frimeuse, ils seront les pigeons crétinisés d’un traquenard en 3D. Et c’est le coup d’envoi d’ une très drôle première salve de 7 épisodes (à retrouver pour l’heure en streaming), désossant avec finesse et vice le pire système hollywoodien, celui qui vous dénature tragiquement votre fiction en vous expliquant avec un sourire de hyène ultra-bright que: 1) il serait tellement mieux que le personnage de la lesbienne ne le soit plus et tombe amoureuse de Matt; 2) que la bibliothécaire censément (f)rigide se transforme en bimbo « open bar », avec total look Miami de fausse blonde botoxée. «Episodes», c’est l’histoire d’une montée en vrille jubilatoire et clairvoyante sur ce qui opposera toujours la mécanique des studios aux auteurs indépendants, rituellement dépouillés de leurs idées et floués en profondeur.
    La chaîne britannique BBC 2 et l’Américaine Showtime se sont associées pour le meilleur (la saison 2 alignera, elle, 9 épisodes), signant par là-même le retour fracassant de Matt le Blanc à la télévision, les cheveux grisonnants, touchant d’intelligence fourbe plaquée sur un mur d’idiotie rustique. Présentée en septembre 2011 au festival de Deauville par la société française Orange de et son bouquet télé, cette oeuvre a été créée par… la co-inventrice de « Friends », épaulée par un scénariste hors-pair de l’inoubliable série 90′s « Dream On ». Et soudain, voilà que tout s’éclaire…

    Joyeux Noël à tous!

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    « Hung »: une série américaine haut de gamme au héros singulièrement bien « outillé »

    Mardi 29 novembre 2011

    Par Philippe Vecchi

    Étonnant de constater que certaines séries à fort charisme ne passent pas la rampe des chaînes hertziennes, pour rester cantonnées à des niches, soit pour abonnés (en l’occurrence, Orange Cinemax), soit câblées (Série Club): “Hung” n’est visible que dans ces interstices du Paf, alors qu’elle mériterait d’irradier bien plus amplement. Il faut dire aussi que sa thématique majeure n’est pas spécialement recommandée pour un prime-time sur TF1, où elle serait quoiqu’il arrive interdite à une certaine catégorie de la population, enfantine sinon pré-adolescente, car c’est bêtement et simplement l’histoire d’un gigolo, un “gigolpince” comme on en fait encore, dans l’imaginaire global pour les dames âgées en panne d’amants compétitifs. Une pute-homme pour femmes-clientes, certes, ça le ferait moyen dans l’esprit de n’importe quel programmateur soucieux de ratisser y compris parmi les accros aux vertus de la bienséance.

    Cachez ce sexe que l’on ne saurait voir: autant il est usuel de s’administrer plein pot des scènes où l’on s’envoie en l’air avec, dans l’oeil de la caméra, des filles intégralement nues  (“Californication” en tête), autant vous ne verrez jamais d’un homme que ses dorsaux ciselés ou – grand maximum – un fessier travaillé en club de sport. Mais qu’on ne se fasse pas pour autant d’idées frelatées sur la façon qu’a “Hung” de filmer son héros, Ray Drecker. Jamais au grand jamais vous ne verrez l’instrument de ses méfaits sexuels. Et si certain(e)s en rêvent, c’est bien grâce aux contre-champs sur les payeuses qui découvrent “la chose”, dont on comprend très vite qu’elle est surdimensionnée, entre matraque de flic new-yorkais et anaconda adulte.

    On pourrait d’emblée en rire mais c’est presque à en pleurer: si Ray use de ses attributs dans le cadre d’un échange commercial, c’est parce qu’il est recouvert de dettes et d’emmerdes de première catégorie.

    Apparue à l’antenne US en juin 2009 et relayée dès le mois de décembre de la même année en France par Orange, “Hung” en est à sa troisième saison; et il nous faut reconnaître que, pour la suivre à la cadence américaine (c’est-à-dire avec une dizaine d’épisodes d’avance sur nos diffuseurs nationaux), on s’est pris au jeu d’une manière tout à fait magistrale. Ceci en étant bien obligé de se forger une opinion solitaire, vu que quasiment personne ne parle jamais ici des aventures de Ray, alors que plus le temps avance, plus le tempo de “Hung” grimpe de façon exponentielle.

    Saison 1: Ray voit sa maison brûler et il mettra toute son énergie à la rebâtir avec son salaire de professeur et ses appointements d’entraîneur sportif. Métaphore d’une reconstruction personnelle laborieuse voire impossible en l’état. Il aurait même pu devenir un excellent professionnel de base-ball, si la vie ne s’était mise en tête de lui asséner une blessure barrant définitivement ses ambitions. Il aurait pu aussi rester le mari d’une jolie blonde dont il est encore fortement épris, mais madame son épouse s’est fait la malle pour rallier le lit plus tendance d’un dermatologue friqué, quoique physiquement aussi fadasse que Ray, lui, est beau, la quarantaine venue.

    Carrure d’athlète et prestance classieuse, il ne lui reste plus que ses deux jumeaux qui ont pour trait commun d’être beaucoup plus gros que la moyenne, et infiniment plus torturés que n’importe quel élève WASP de bonne facture traditionnelle. Et
    c’est donc pour s’arracher de ce marasme infernal que Ray Drecker va sortir contre quelques centaines de dollars la prestation son artillerie personnelle, dans l’unique objectif de combler épouses frustrées, nymphomanes barjots et célibataires contrariées. Certaines sont carrément belles, d’autres moches comme tout, mais il “fait le travail”, encore et toujours. A cette nuance près que les clientes ne se trouvent pas sous le sabot d’un percheron.

    Sachant qu’il souhaite conserver un certain anonymat et le secret total auprès de sa famille, il s’allie pour la juste cause avec son amie-amante Tanya, brune pas très gironde mais suffisamment maligne pour remplir la fonction, même si elle a pour sale habitude de se fourrer dans d’insondables traquenards. Ajoutez à cela une rabatteuse de riches clientes prénommée Léonore, sorte de garce finie et ordurière prête à tout pour bouffer le monde, et vous avez une vue d’avion presque complète des protagonistes en mouvement. Ce qui ne vous dit pas grand chose des multiples revers de fortunes qui viennent étayer cette fiction attachante, émouvante parfois, rigolote à ses heures et imprévisible à coup sûr.

    On ne sait jamais sur quel pied danser ni ce qui va nous tomber sur le coin de la cafetière, mais ce dont on est certain, c’est que la troisième saison de “Hung” est une réussite implacable. Ce qui relève sans doute d’une forme de logique, puisque les affaires, elles aussi, roulent pile comme il faut dans la mesure où Ray et “sa” mac ont enfin trouvé la formule qui fait tilt et permet d’engranger les dollars désormais par poignées de milliers.

    Parviendra-t-il pour autant à reconquérir son ex-femme? Sortira-t-il ses enfants de l’ornière où ils sombrent? Saura-t-il contrecarrer les plans de Léonore qui pour commencer lui colle un jeunot concurrent dans les pattes? C’est ce que vous découvrirez à la télé en temps et en heure ou sur les plateformes de streaming, qui sont devenues autant de mini-cinémathèques modernes. Et comme Ray Drecker est professeur le jour, on conclura avec une note pour “Hung” qui, espérons-le, ne sera pas enterrée en fin de saison 3: 18/20. Ce qui reste encore bien en dessous des mensurations du héros de nos promenades Web hebdomadaires.

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    Remerciements à teleobs.com

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    Grimm », la nouvelle série de NBC est une bombe fantastique

    Vendredi 4 novembre 2011

    Par Philippe Vecchi

    Etre sur le coup: labeur passionnant, qui nous a cette fois menés au pilote de “Grimm”. Soit l’épisode originel d’une probable épopée longue comme le bras, si la suite plane au même niveau d’excellence. Rampe de lancement d’une production du network surpuissant NBC, engagé comme ses concurrents dans une baston de tous les diables sur un créneau qui exige des financements certes lourds, mais dans l’espoir légitime d’audiences importantes régulières, stables et surtout durables.

    A vue d’œil, on jurerait que “Grimm”, c’est du retour sur investissement garanti sur facture “fantastico-policière”. Une potentielle bombe à fragmentation qui pourrait commencer par “Il était deux fois”:
    1) un flic black à voix de stentor et carrure “Shaft”
    2) un flic blanc bec à visage élastique idoine, mi-Kyle Mc Lachlan mi-Clark Kent dépouillé de sa cape Superman.

    Ce duo “Arme fatale” est le facteur de modernisation qui permet à la série de “twister” immédiatement du côté des contes des frères Grimm, rapatriés du 19ème siècle berlinois dans le Portland de 2011. A signaler que sans Wilhem et Jacob Grimm, rien que Blanche-Neige, le petit Chaperon rouge, la Belle au bois dormant, Cendrillon et même Raiponce, pointeraient aux abonnés définitivement absents.

    Dans ce pilote diffusé le 21 octobre, c’est le petit Chaperon rouge qu’y s’y colle d’emblée, puisque mieux vaut ne pas arborer cette couleur dans les rues middle-class si l’on est une fille, au risque de tomber sur les “Sanguinaires” (apparence humaine avec mutation en grands méchants loups-garou), que seuls savent détecter les “Grimm”. Et c’est précisément là que déboule la première bonne idée: Nick, le flic blanc, apprend de la bouche de sa tante de passage qu’il est un “Grimm”, les deux “castes” antagonistes se reniflant à des kilomètres.

    Avec cette création vraiment originale, NBC et sa task-force réussissent un coup de maître. Modulations des lumières pour une féérisation du quotidien, mouvements de caméras sophistiqués à base de travellings compensés et autres anamorphose de l’image à coup d’effets spéciaux subtils, afin que tout nous ramène au centre de l’image – exactement comme dans les contes, quand même les arbres semblent incurvés. Oublier la dimension flippante de l’histoire, avec ces visages anonymes qui, l’espace d’un instant, deviennent monstres, ou la tuerie façon “Mon Ninja chez les bouchers” du début, reviendrait à occulter la fonction première de “Grimm”: raviver nos peurs enfantines au pays sanglant de “Law and order”, insinuer le doute en tout et à chaque instant. Autant dire, donner dans le (haut) qualitatif tout en jetant des cliffhangers de la manière la plus roublarde qui soit. Qu’il nous doit permis de saluer la performance de classe internationale, dans l’attente prégnante des prochains épisodes. Déception interdite.

    Remerciements à  teleobs.com

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    Les sosies ne sont plus ce qu’ils étaient…

    Lundi 26 septembre 2011

    Par Philippe Vecchi

    Amis lecteurs, j’aimerais revenir sans prévenir sur un fait divers qui s’est déroulé le 23 juillet dernier en France. Vous me direz, juillet, ça fait un peu loin pour un blogueur qui se doit de rester à la pointe de l’événement, d’être en somme une sorte d’épée avec deux yeux plantés dans le cœur de l’actualité hurlante. Sauf que ce serait aller un peu vite en besogne que d’expédier ce que 100% des Québécois bien entendu ignorent, et ce que 98% des Français ont déjà oublié ou ne sauront jamais si je ne me dévoue pas corps et âme, en ce jour, pour faire éclater la vérité nue. Tout cela parce que les médias nationaux n’ont accordé qu’une importance minime à ce qui s’est passé à Epinal, ce fameux 23 juillet dernier, quand les reporters-piliers de la presse quotidienne et magazine faisaient bronzette, pendant que des stagiaires hébétés turbinaient à leur place. Car ce jour-là, oui, lisez bien ce qui suit en considérant son importance majeure: le sosie de Serge Gainsbourg a planté celui de Johnny Hallyday.

    Photo: Serge Gainsbourg

    Ce qui ne veut pas dire qu’il lui a posé un lapin, mais qu’il l’a poignardé… et de toutes ses forces! A la gorge, de surcroit, et c’est de l’ordre du miracle que Michel P. dit Johnny H. s’en soit sorti sans que son «pronostic vital» soit engagé. A un centimètre près, le sosie de Johnny partait rejoindre six pieds sous terre le vrai Gainsbourg, pendant que son meurtrier écopait direct de trente ans de prison. Reste quand même la «tentative de meurtre» et il y a peu de chances pour que l’on revoie Denis C. dit «Gainsbarre (à la barre)» dans l’un de ces concours d’imitateurs qui font la joie des comices agricoles. Vous me suivez? C’est gentil. Maintenant tout de suite, imaginez la scène. Johnny et Gainsbourg -du moins, leurs copies vaguement conformes, – habitent tous deux à Epinal, célèbre ville des Vosges située entre Chantraine et Golbley (bon, ok, ça n’éclairera pas grand monde, mais c’est au nord du pays). La querelle remonte à des lustres mais c’est au mois de juin dernier que le compte à rebours a véritablement commencé. Les deux hommes âgés de 50 ans pour Johnny (Michel P. au civil), et de 46 ans pour Gainsbourg, ne pouvaient déjà pas s’encadrer. Exactement comme deux rats de laoratoire luttant à mort, enfermés dans la même cage sans issue au sol méchamment électrifié. Et comme dans les westerns, on savait dans la ville qu’il valait mieux les tenir à distance parce qu’à chaque reprise, ça partait systématiquement en vrille, avec des dialogues dignes d’un chef-d’oeuvre à la «Cours après moi que j’t'attrappe»: «Gainsbarre-toi de là ou j’t'en colle une!». Jusqu’au jour fatal où Johnny a été embauché pour entretenir les parties communes du lotissement où habite « Gainsbarre », pile en face de la gendarmerie d’Epinal. Pincez-moi je rêve, on se croirait déjà dans le célèbre roman à clans ennemis, «Clochemerle».
    La mayonnaise de la haine réciproque montant chaque jour un peu plus, les deux sosies étaient passés sans même s’en rendre compte de «la Septième compagnie au clair de lune» à «Règlement de comptes à OK Corral». Jusqu’à l’invective de trop qui a fait sortir Gainsbourg de sa cuisine avec un couteau, histoire de l’enfoncer rageusement dans le cou de Johnny, qui a fini tout ensanglanté par se réfugier chez un riverain. Il n’y a pas de quoi rire, mais vous avouerez que c’est le genre d’histoire qui laisse quelque peu perplexe. Fin du fait divers et début des vraies questions: mais qu’est-ce qu’ils ont dans la tête, tous ces cinglés? C’est quoi la vie d’une femme qui ressemble à la Reine d’Angleterre et celle des 253 amuseurs recensés qui se la jouent Michael Jackson en mieux? Ils espèrent quoi? Qu’une meute d’adolescentes va se ruer sur eux en feignant de croire à l’impossible? Le pire, c’est que ça arrive. Les boites de nuit rivalisent de soirées «Imitateurs en folie», et même le bouffon Michael Vendetta qui n’a pas besoin de sosie puisqu’il en est un lui-même (mais on ne sait toujours pas de qui), raconte à qui veut l’entendre qu’il emballe sec sur les coups de quatre heures du matin, sous les boules à facettes de discothèques provinciales, quand les filles sont exagérément pompettes.

    Photo: Michael Vendetta

    Et même à la télé française, les sosies font recette: montez un dossier «société» sur eux en remplissant le public de fausses Mylène Farmer et de Polnareff bidons, et vous aurez de fortes chances pour que l’audience fasse un bond significatif.

    Photo: Mylène Farmer

    Mais cette affaire pathétique nous conduit plus loin que le bout de son nez de clown triste. Qu’un visage s’imprime naturellement de traits familiers et c’est tout le cerveau qui est atteint. Après avoir signé un autographe à sa boulangère, la réplique de Michel Sardou s’en va rejoindre son bureau de vendeur de photocopieuses en sifflotant «les Lacs du Connemara», flatté que les passants se retournent sur sa silhouette dupliquée, au point qu’il se vit fondamentalement en Sardou Michel, le vrai.
    En pleine ère de la gloire à tout prix et à grande vitesse, c’est du pain béni, tout bien réfléchi. Ceux-là n’ont pas besoin de passer par un show de télé-réalité pour être reconnus un mois dans leur existence. C’est toute leur vie qui est une gloire par procuration, et forcément, ça perturbe le cerveau. Ils sont la preuve vivante qu’on peut n’être connu que dans son quartier et reconnu dans toute la France. Vous imaginez à quel point cette ressemblance leur dézingue les synapses, jusqu’à les rendre gagas de leur modèle qui n’a rien demandé, quitte à se faire passer pour lui dans les cas les plus limites? Un sosie frappant de Patrick Dewaere m’avait raconté qu’il s’était fait aborder puis ouvertement draguer par une femme de 40 ans, persuadée qu’il était le véritale acteur, alors que Dewaere s’était déjà suicidé depuis plusieurs années. Surréaliste.

    Photo: Patrick Dewaere

    Une plaie pour les chanteurs et les acteurs, qui doivent se coltiner ces répliquants plus ou moins officiels, puisqu’il y a même des grades dans le grand Ordre national des sosies. C’est un peu comme si existait en marge de la société une nation des sosies autorisés, un pays qui ressemblerait à un grand hopital psychiatrique mais version «le Manège enchanté», avec Pollux dans le rôle du chien méchant.
    Ne reste plus qu’à espérer que le sosie d’Hervé Vilard ne trucide pas un jour celui de David Hallyday parce que ce dernier lui a crevé les pneus de sa mobylette. On pourrait aussi imaginer un monde où la chirurgie plastique s’alignerait sur de nouvelles normes esthétiques. Au lieu d’un lifting ou d’une injection de botox, le ou la cliente lambda irait se faire faire la tête de son idole, dans l’espoir d’échapper à l’humiliation de ceux qui n’ont jamais connu que l’indifférence. Que des répliques de vedettes partout, tout le temps, plein les villes; 50 millions de célébrités, autant dire le cauchemar absolu, frôlant la crucifixion visuelle permanente.

    Alors, un dernier conseil: si vous pensez croiser mon sosie dans une rue parisienne, changez vite de trottoir. Parce qu’en définitive, le plus dangereux, c’est que ça pourrait bien être moi…

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    Le triomphe-surprise de «Glee» marque l’année 2011 à la télévision française

    Jeudi 23 juin 2011

    par Philippe Vecchi
    En France, c’est une chaîne de la TNT, W9, qui remporte cette saison la bataille des séries avec le phénomène «Glee». Records d’audience et gros buzz internet, la nouvelle production de l’inventeur de «Nip/Tuck» a tapé dans le mille. Entre pom-pom girls et rivalités de clubs de chant, mais façon «American Idol/Star Academy», «Glee» prouve sympathiquement la suprématie mondiale des formats fictionnels «tellement» américains.


    Vu de ce côté-ci de l’Atlantique, la ronde des séries nord-américaines n’a pas grand chose à voir avec ce qui est proposé au Canada. Là où les Québécois accèdent vite via la télévision aux productions émergentes, il nous faut poireauter ici patiemment, dans l’espoir que telle ou telle chaîne hertzienne (avec Canal+, M6 et TF1 en pointe -dans l’ordre) ou de la TNT (toutes dotées de moyens moindres) daigne porter son attention sur les hits d’audience ou de prestige américains du moment. Avec, ensuite, des délais d’attente avant la mise à l’antenne qui nous collent facile un métro et demi de retard dans la vue, jusqu’au cas extrême de «Dexter» qui mit… quatre ans avant de commencer à sortir en DVD. Cauchemar! C’est ainsi, enfin, que le brillant «opéra-savon» québécois, «le Cœur a ses raisons», avec la diva de la déconnade parodique Anne Dorval et le fantastique Marc Labrèche, n’a positivement explosé « que » cette année en France sur la chaîne du câble MCM, alors que la messe (hilarante) est dite quasi partout ailleurs dans le monde.


    A notre grand regret également, certaines séries américaines de valeur passent à côté de leur public potentiel, par exemple en raison d’une programmation sur une grille peu en vue, tel le sensas’ «Cleveland Show» récupéré par la chaîne des DOM-TOM France Ô -qui mérite quand même un gros bon point pour cette initiative. Quand ce n’est pas carrément le public qui rejette des productions pourtant remarquablement divertissantes, telle que «Entourage» (la vie cool avec ses up & down d’une jeune star de cinéma à Los Angeles, Vincent Chase -avec en bonus-rigolade l’agent d’acteurs ultracynique, Ari Gold). Bombardée sur W9 -qui appartient au groupe M6-, «Entourage» est complètement passée à travers, puis à la trappe. Mais la saison télé française 2010/2011 restera en définitive celle du contre-exemple retentissant, en quatre lettres alignées comme un logo qui claque: «GLEE». Un triomphe instantané, alors même que les dirigeants de la chaîne tremblaient de peur que la greffe ne prenne pas sur un public français imprévisible dans ses choix. Avant l’envolée immédiate, strictement rien n’était gagné; aujourd’hui, tout vaut donc qu’on s’y attarde.
    Pas loin de deux mois après la fin de la diffusion de la 1ère saison de «Glee» sur la même W9 (deuxième chaîne de la TNT derrière TMC en audience, pour info), la télévision d’Orange, plus confidentielle, elle (mais détenue par un énorme groupe, soit France Télécoms rebaptisé) a embrayé sur la saison 2 depuis le 16 juin. Ceci bien sûr en attendant que le groupe M6 entérine de son côté une stratégie très grand public pour bombarder à son tour cette même suite à succès (probablement sur W9 encore, mais quand?)

    Plus qu’une série musicale dans un lycée de l’Ohio, «Glee» s’est imposée sur ses terres et à l’international en tant que massif carton d’audience et phénomène sociologique à rallonges. Pour ceux qui n’auraient pas tout à fait suivi l’affaire de près, alors même que des millions d’Américain(e)s se ruent sur les disques générés par ce feuilleton ado reprenant les standards de la variété américaine, les meilleures ventes du Top 40, du rap à la guimauve, tout en sanctifiant parfois un seul artiste par épisode (Madonna, Britney Spears…), «Glee» présente deux particularités. Il s’agit de la première série à phagocyter le schéma de la télé-réalité chantante («American Idol» là-bas, «Star Academy» ici) pour le reformater en fiction compétitive (luttes plus ou moins réglos entre clubs de chant d’écoles, avec éliminations humiliantes, bouh la vilaine…). Par ailleurs, «Glee» est une «création» de Ryan Murphy, l’inventeur de «Nip/Tuck». Autant stipuler que le cerveau malin de ce casse télévisuel n’est pas tombé hier matin de l’arbre à séries américaines, et que sa double qualité de producteur exécutif en fait le mirador d’un produit audiovisuel miracle: gros coût de fabrication (Fox TV présente…) mais culbute financière et impact sociétal phénoménaux. En France, W9 a décroché la timbale du succès grâce à une tactique marketing inédite: diffusion des trois premiers épisodes fin mars sur M6 et passage de témoin dès le lendemain en prime-time sur sa succursale W9. Joli coup de billard. Du 30 mars au 11 mai, W9 s’est classée chaque mercredi 3ème chaîne nationale sur la cible numéro 1 des publicitaires -les ménagères de moins de 50 ans- et deuxième sur la population des 15/24 ans, grimpant jusqu’à 1,3 millions de téléspectateurs, score considérable pour la TNT. Non seulement W9, chaîne des «Simpson», trouve enfin là sa première série emblématique originale, mais aussi un booster pour l’ensemble de sa grille.

    Photo: Mathew Morrison

    Maintenant, scrutez ci-contre la photo de Mathew Morrison: cet acteur/chanteur renommé à physique de prince-playboy Disney est le pivot de «Glee», le prof cool mais à qui on ne la fait pas, chaperonnant une douzaine d’élèves dont la diversité Benetton passe étonnamment comme une lettre à la Poste. Web aidant, «Glee» saison 2 a suscité un énorme buzz en reprenant toujours, par l’entremise d’une chorale de lycée axée mi-Broadway mi-«Star Academy», les tubes increvables du répertoire américain, des années 50 (parfois) à nos jours siglés Lady Gaga (souvent). Mon tout se déroulant dans un bahut où la hiérarchie est simple: le footballeur y est le roi et la pom-pom girl, sa reine, pendant que les petits chanteurs à la voix de choix se ramassent toutes les humiliations possibles, des jets de gobelets au visage à l’homophobie traumatisante. Le créateur Ryan Murphy s’y entend question phénomènes de masses. Et il a mis le paquet pour ratisser le plus large possible: conflits intra-scolaires permanents, trahisons et revirements amoureux (mais sans coucheries, souvenez-vous: public jeune et féminin), guerres à rebondissements inter-profs, et surtout, une palette représentative de toutes les couches de la société à faire pâlir un défenseur professionnel des quotas de minorités dans les séries américaines. Tout y est, du gay rusé au top de la mode à la jeune juive qui se demande si une réduction nasale défriserait sa déesse Barbra Streisand; de la Black format diva à la fille obèse et fière de l’être (soit éxagérément enrobée comme un tiers des Américains); à noter aussi deux Chinois, une paire de bimbos bisexuelles respectivement latino et néerlandaise, un hémiplégique chantant, une trisomique et deux cas sociaux… Mais cet aréopage de jeunes talents, sur le papier archi-caricatural, a pour fonction de s’agiter plein pot comme des atomes se télescopant dans un ballet de crises (dramatiques, joyeuses), afin d’épaissir le fond de sauce d’un spectacle essentiellement musical. Et c’est sur ce point précis que «Glee» remporte la bataille des ventes (aux chaînes étrangères, en disques et en DVD pour la saison 1, sortie en France chez Fox Vidéo), ainsi que celle des audiences (10 millions de téléspectateurs par épisode en moyenne aux États-Unis): cette manière talentueuse d’être toujours dans le(s) temps, pile même dans le tempo générationnel en place, dans la mesure où les épisodes collent aux hits conjoncturels, sachant que certaines reprises de clips célèbres plan par plan apparaissent vraiment bluffantes.


    En somme, que l’on goûte ou pas ce type de performances vocales, du solo susurré au ballet hystéro-moderniste, force est d’admettre que l’on ne navigue pas ici au pays des losers de Broadway, cet absolu des prétendants à la gloire scénique. Les acteurs sont bons, le filmage impeccable pour une série consensuelle, le son assure et il faudrait être de très mauvaise foi pour hurler au navet moralisant brossant le tableau d’une Amérique gentille-cucul. Pas de notre point de vue: sympathique plaisir des yeux, «Glee», ou l’édification en live d’un classique instantané de «l’American Dream» enchanté. Alors, réponse au prochain chapitre: oui ou non, êtes-vous «Glee»?

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