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  • Archives pour le mot-clef « Philippe Vecchi »

    Babx en concert parisien, french blues d’automne

    Lundi 20 septembre 2010

    Note spéciale de Philippe Vecchi

    Régulièrement, vous retrouverez dans « Guest-stars » des plumes invitées, connues ou moins connues, à qui carte blanche est donnée. Aujourd’hui, Ivan Schneiderlin. Bibliomane & graphomane né à La Mulatière (Rhône), a participé à l’épopée des radios locales privées (Radio Bellevue), options jazz (tendances Creed Taylor, Herbie Mann, Art Ensemble of Chicago) et rock (Billy Preston, Screamin Lord Sutch ?). Survit actuellement de sa plume dans diverses publications, sur le web et dans le print. Dernière publication : « Les Armées de la nuit », édition rare à 30 exemplaires, un livre radical évoqué dans « Vues de Paris » (Serge Versqui Ed). Un écrivain/journaliste exceptionnel qui nous parle aujourd’hui de Babx, en concert à Paris.

    Babx en concert parisien, french blues d’automne

    Par Yvan Schneiderlin

    Photo: Yvan Schneiderlin

    D’abord un fort dossier de presse tressé en laurier au vainqueur du jour : « Musique définitivement organique, parfois tendue, parfois languide, toujours sensuelle », où « des fanfares déglinguées arpentent un monde en ruine ». Entre Monk (Thelonious), Billie Holliday, Brigitte Fontaine, la critique s’est enflammée pour Babx, le nouveau baudelairien total, « jeune homme à la voix de crooner décadent ». Voyageur désenchanté, égaré imaginaire, physique hirsute, mais propre sur lui –et quel sourire, né il y a près de trente ans, formé au piano dans le salon de musique de maman, Babx (David Babin) est issu d’une famille profondément (et professionnellement) mélomane, dit-on.

    Jeune premier déjà légendaire, chargé à bloc dès l’adolescence en disques de Brel, Tom Waits ou Ahmad Jamal, BabX s’est fait la main en composant pour la scène théâtrale. C’est en passant à la chanson, qu’il s’est entouré de deux pointures rares du métier : le magicien Oz Fritz au son (Bill Laswell, Fred Frith…), et la guitare fuligineuse de Marc Ribot, le « crazy frenchman » new-yorkais absolu des dingues de Gibson vintage (tapez « Experimental, Punk, French pop music singles » sur Google) et des meilleures productions d’Alain Bashung, Elvis Costello, Tricky, Tom Waits, Lou Reed…

    Photo: Babx

    2010 : chanteur, auteur compositeur, élégant posément déglingué, toujours très appliqué, le visionnaire Babx traîne un spleen électrique très jabots et dentelles du Japon à Islamabad ou Little Odessa, l’une des perles du somptueux « Cristal Ballroom » (chez Warner), deuxième album et stupéfiant disque de salon, riche –ne soyons pas trop vaches d’au moins trois titres sublimes à ré-écouter ad libitum. Beaux textes et arrangements musicaux savants limite saturés, Babx invite depuis à découvrir de temps à autre sur scène les sons et lumières d’un éclectique cabaret cousu main, sinistre et grandiose. Comme on l’aime, à « Little Odessa »… Pas vraiment mainstream, et déjà adoré des copines.
    I.S.

    Babx, en concert à Paris le 18/10/10, à La Maroquinerie, 19h30.

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    «Mad Men» sur Canal+, ou l’obsession vintage des sixties new-yorkaises

    Jeudi 2 septembre 2010

    Par Philippe VECCHI

    Manhattan, une agence de publicité chic sur Madison avenue, au début de l’année 1963. Marilyn n’est plus depuis quelques mois, le président Kennedy va passer l’arme à gauche à Dallas, et la Sterling Cooper Advertising Agency est soumise à la rigueur toute capitaliste d’un nouveau directeur financier, dépêché de Londres pour faire tomber les têtes en interne. Un «cost killer» avant l’heure en guise de repoussoir pour la saison 3 (sur six prévues) de «Mad Men», diffusée dès la mi-septembre sur Canal+.

    On vous alerte pour que vous puissiez rattraper un éventuel retard (deux grandes saisons déjà dans la vue). «Mad Men» a saisi que le milieu émergent de la pub, situé à la croisée de toutes les problématiques sociétales (racisme, homophobie, sexisme ambiant…), pouvait être le creuset d’une combinaison d’intrigues plongeant dans une époque «rêvée». Prospérité économique sur fond de Guerre froide, explosion de la middle-class et expansion de la high society, l’Amérique non prolétaire s’éclate dans une ambiance saturée d’alcool et de tabac. C’est l’anti-prohibition: stupéfiant de voir à quel point les personnages s’envoient non-stop des hectolitres de Bourbon derrière la cravate, tout en décimant les paquets de cigarettes. Notamment des Lucky Strike -le logo, l’un des plus connus au monde, fut créé en quelques minutes par l’immense designer Raymond Loewy-, firme dont la Sterling s’occupe sur le terrain publicitaire.

    Photo: Série Mad Men

    L’agence ne manque pas d’annonceurs prestigieux, mais il lui faut se battre d’arrache-pied pour préserver cette masse de clientèle volatile, toujours prête à décarrer vers d’autres horizons si la moindre campagne lui déplait. C’est là que se situe la guerre externe de «Mad Men». Mais on y dénombre aussi beaucoup de conflits internes, et là, ça tire dans tous les sens. Et comme il faut toujours une figure de «parrain» dans un film où la mode est au costume-cravate et au Borsalino, celui de la série s’appelle carrément Don (fantastique Jon Hamm en patron de la «créa»). Dans un halo de fumée permanent, les stylos ont remplacé les revolvers et l’on se flingue à coups de concepts dans une atmosphère déliquescente. Au rayon «endoctrinement des citoyens à l’heure de la consommation de masse», Don est un cador à l’intransigeance moralement assassine, un mélancolique perçu surtout comme ultra cynique, roulant stricto sensu pour lui-même. Reconstruit sur des ruines à la faveur de l’arrivée prochaine d’un troisième enfant, son couple d’apparence idéale comme une gravure de mode est au bord du collapse. L’épouse de Don, Betty Draper, est interprétée par la canon January Jones, blonde délicate sapée dernier cri, mais qui vit très mal sa grossesse solitaire, durant laquelle elle fume comme un pompier (ce qui n’est pas excessivement recommandé), tout en entretenant des rapports étonnamment distants avec sa marmaille.

    Photo: Betty Draper « Mad Men »

    Il y a dans «Mad Men» une froideur inhabituelle dans les rapports familiaux, sans doute propre à énerver les lobbies américains familialistes bien-pensants. Champion du monde de l’adultère au pays des femmes belles et radieuses, Don est aussi un symbole de la réussite de ces blancs middle-class, mais cachant un passé dont son épouse ignore tout. Comme vous peut-être pour l’heure, en attendant de sauter du grand plongeoir d’un premier épisode/saison 3 tout à fait extraordinaire. On a rarement vu une entrée en matière aussi fracassante, avec d’une part un voyage sexuellement mouvementé à Baltimore, et d’autre part la nomination au même poste de directeur de clientèle de deux jeunes loups aux dents longues qui vont naturellement s’entre-déchirer. Difficile (mais possible tout de même) de voir chaque épisode au pif, dans le désordre. Il est clairement recommandé de s’accrocher au bastingage de ce bateau de croisière en suivant scrupuleusement le cours naturel des treize épisodes programmés chaque jeudi soir sur Canal+, en deuxième partie de soirée, dans la mesure où les intrigues évoluent de concert en se référant aux événements antérieurs. En résumé, il s’agit là d’un long film de 13×45 mn, toujours volontairement assez statique, dégraissé de tout artifice musical, avec des dialogues au couteau et une image somptueusement raffinée «vintage». «Mad Men» travaille dans l’épure pour la restitution d’une esthétique élégante et colorée, et ce n’est pas un hasard si la série influence aujourd’hui jusqu’aux plus grands créateurs de mode.

    Photo: Mad Men saison 3

    Chouchou absolu des magazines fashion, ce phénomène télévisuel de premier ordre a inspiré Rochas qui présenta à Paris une collection complète «Mad Men»; la marque Brooks Brothers a proposé carrément… 250 costumes différents, tous gris et coupés sixties; Prada ou encore Tom Ford, excusez du peu, ont eux subtilement intégré à leurs défilés le fameux «trading up Steve Mc Queen» de la série. Plus étonnant, il existe même un couple de poupées Barbie/Ken ajusté comme Don et Betty Draper. A quand le retour dans les rues parisiennes du total look sixties, comme si la France d’aujourd’hui plongeait en totalité dans cette nostalgie obsessionnelle d’un monde qu’elle n’a connu qu’à travers le cinéma et les images informatives en provenance de chez Tonton Sam? Tonton Sam? On devrait essayer, commencer par une journée Mad Men, et il n’est pas dit que la clientèle du fameux café de Flore reviendrait le lendemain à ses habitudes vestimentaires. Ce serait sur-réel, mais avouez-le fort branché, comme un tour de calèche à travers les âges.

    Photo: Mad Men saison 3

    Au final, le tour de force de «Mad Men», c’est d’avoir adopté un filmage lent mais dense donc non-publicitaire pour embrasser le monde de la réclame. C’est la gageure intelligente relevée avec grandeur par le «créateur» de la série, Matthew Weiner, déjà producteur et scénariste sur… les «Soprano». Avec un cursus précoce tel que le sien, et sa réussite sur toute la ligne, m’est avis qu’on n’a pas fini d’entendre parler de ce prodige de 45 ans, dont on attend encore des heures et des heures et des heures de cinéma gracieusement maquillé en production télévisuelle très haut de gamme. Pour preuve ultime: l’épisode 12 est réalisé par le grand cinéaste, Barbet Schroeder (« le Mystère von Bulow », « JF cherche appartement », « l’Avocat du diable »). Car si même les meilleurs s’y mettent, on va un jour finir par occulter les films en salles, ce qui d’ailleurs nous évitera les désagréments du pop-corn plein pot et des conversations débiles au portable.

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    CINQ LIVRES POUR SE DORER LA PILULE AU SOLEIL

    Dimanche 16 mai 2010

    Par Philippe VECCHI

    De Claudia Cardinale par Moravia au grand écrivain français Bayon, des photos de Bettina Rheims à une rareté lyonnaise signée Ivan Schneiderlin, tour d’horizon de livres aussi peu chers que 100% recommandables.

    Pendant que la presse d’information quotidienne haut de gamme traverse une tempête financière dont elle ne voit pas le début de la fin, en pleine récession publicitaire et d’un lectorat ciblé CSP+ (dernier exemple: le Monde bientôt racheté par le Nouvel Observateur?), le marché de l’édition du livre se porte bien, merci pour lui. Les puissants «20 Heures» télé en qui les téléspectateurs croient comme à la parole de Moïse, la presse informative gratuite et les sites webs des grands journaux, tous ces éléments signalent que persiste parallèlement une quête d’imaginaire livresque parmi les consommateurs français de phrases écrites avec des mots. Tant mieux, disent les addicts de ma trempe au support papier, ceux qui n’ont pas envie de se coltiner tout Proust sur un écran d’ordinateur. Et si, côté télé, personne n’a encore atteint le niveau de flottabilité qualitative de Bernard Pivot comme animateur, le paf ne manque pas de talk-shows littéraires tenant la route: Taddéi dans «Ce soir (ou jamais!)» sur France 3, François Busnel et sa «Grande librairie» du côté de France 5, «Chez FOG» sur la même chaîne, ou encore «Bibliothèque Médicis», bonifiant l’antenne de Public Sénat. Du coup, on a fait un doux rêve: consacrer rien qu’une émission très spéciale à divers auteurs dans le vent porteur du moment. D’abord, Martin Monestier; souvent négligé comme l’auteur important qu’il est devenu au fil de livres exceptionnels sur «les Duels» ou «les Enfants assassins». Bravo à cet intellectuel d’avoir sorti un opus (au Cherche Midi) dont on a trop peu parlé, et qui restera l’un des plus beaux ouvrages illustrés contre toutes les guerres du monde entier: «les Gueules cassées», ou une succession commentée de photos de visages épouvantablement mutilés lors de la première guerre mondiale. Le choix des mots, l’horreur des photos. Ensuite, nous recevrions la photographe Bettina Rheims, sortant aux éditions de la Bibliothèque nationale de France (avec expo afférente sur place) un superbe livre d’images commentées par Serge Bramly («Rose, c’est Paris», 25 euros). Infiniment plus onéreux (deux versions, de 750 à 1500 euros!), son somptueux recueil éponyme de visions surréalistico-obsessionnelles en noir & blanc, paru chez Taschen, objet luxe dont on retiendra essentiellement les clichés non-clichés du plus beau modèle érotique actuel, Axelle Parker, dont nous avions fièrement parlé dans ces «Vues de Paris» avant tout le monde.

    Photo:© Playboy.fr – Photo Bettina Rheims

    Et puis, clé de voûte de notre émission littéraire idéale d’un soir très à part, il y aurait comme invité vedette Ivan Schneiderlin. Qui, dites-vous? Juste un écrivain de haute volée, sis à Lyon, et qui a décidé d’assumer son image virtuelle de «marginal», si ce n’est de «maudit volontaire». Un brillant journaliste de presse écrite culturelle passant, à ses heures gagnées, à la rédaction d’un ouvrage de… 24 pages titré «les Armées de la nuit». Accrochez vous pour le trouver: 32 exemplaires numérotés pour le monde entier! (aux éditions Serge Versqui). Si vous insistez lourdement, peut-être y aura-t-il retirage de cet OVNI captivant se refermant sur «Nous étions les armées de la nuit, et plus rien aujourd’hui». Erreur totale: avec ce livre à 230 euros -sans bénéfices pour l’auteur car «avec 3 eaux-fortes et pointes sèches (…) tirées sur sa presse taille-douce papier Velin d’Arches 250g etc»-, on atteint des sommets.
    Autre must, la réédition (chez Flammarion, 12 euros!) de «Claudia Cardinale», par Alberto Moravia.

    Photo: Claudia Cardinale

    En 1961, la revue glam «Esquire» commande au romancier italien, auteur du «Mépris» ultérieurement godardisé, une interview de l’une des plus belles femmes du monde, l’actrice «sauvage» originaire de la Goulette, à proximité de Tunis. L’entretien deviendra ce livre de feu après les tournages du «Guépard» de Visconti (Palme d’or à Cannes), et de «8 1/2» de Fellini -excusez du peu. Sur les 80 pages de cette interview à tête renversée, la Cardinale, mi-chatte mi-panthère, doit occuper approximativement 25% du territoire verbal, laissant au maître des mots aigus le soin d’analyser son interlocutrice comme un simple «objet apparaissant», méthodiquement décryptée de son divin visage à sa démarche de mannequin nature, en passant par une poitrine calibrée 95 qui fit réellement chuter à plusieurs reprises la machine à écrire de Moravia -homme à femmes porté de toute éternité sur les créatures sexy et contre les dérives sentimentales foireuses, comme en témoignent dans son oeuvre magistrale des oeuvres telles que «l’Amour conjugal» ou «la Chose».

    Enfin, et pompon sur le gâteau, j’aimerais hurler dans tous les journaux sourds et aveugles que le dernier livre de mon écrivain français contemporain préféré vient tout juste de sortir: pour seulement 15 euros, «Tourmalet», de Bayon, nous ramène à ce style reconnaissable entre deux millions, épuré jusqu’à l’os et reflétant une image toujours déflagrée d’un auteur surcultivé, découvert avec le choc «les Animals», prix Interrallié. Et puis aussi un livre exceptionnel d’entretien sorti post-mortem avec son ami Serge Gainsbourg, qui fait tout du long comme s’il était déjà mort, idée de folie, résultat à vous laisser assis. Imparablement troublant, survivant parmi les moins vivants, Bayon narre ici son fracassant cassage de gueule à vélo dans le Col du Tourmalet -bien connu des adeptes du Tour de France. Sauf que dommage, Bayon a beau être un faramineux écrivain, trop peu de lecteurs en France le savent. Jusque-là, il n’a été invité que dans la courte mais efficace séquence télé quotidienne «Dans quelle étagère?» de Monique Atlan, en attendant une fatale sous-exposition médiatique. Eh, oh, les gars de la télé, ce n’est pas parce que Bayon ne peut rien vous apporter façon «renvois d’ascenseurs» coutumiers dans ce milieu et bien d’autres… Il serait temps que le temps donne raison au grand écrivain, l’homme «d’une préfiguration hivernale suivant la nationale déserte, calfeutrement de province au détour de l’été». Comment dit-on en onze lettres, déjà? Ah oui, chef d’oeuvre -pas mieux!

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    MICHAEL MOORE EN DVD: UNE AMERIQUE PAS BELLE A VOIR

    Vendredi 2 avril 2010

    Par Philippe Vecchi


    « Capitalism: A Love Story », du cinéaste palmé à Cannes Michael Moore, qui vient de sortir en DVD (Paramount) en France, est très exactement le genre de film réussi parce qu’il parvient à vous coller une haine pas possible. On avait déjà tous les éléments en main, mais l’accumulation, la stratification des horreurs sociétales ici montrées finit par exploser en climax insupportable. Car, à analyser les cas infinis et différents de franges entières de la population américaine, massacrées par une politique régie à la hache entreprenariale et à la guillotine boursière, Michael Moore fait au milieu de son long métrage à caractère documentaire ressortir une vérité puissante: « l’Amérique n’est plus une démocratie ». Et c’est vrai! C’est précisément ce que dit dans son dernier spectacle (coécrit par les fondateurs des « Guignols » de Canal+ Bruno Gaccio et Jean-François Halin) le comique français en circulation le plus balèze, Patrick Timsit: « La liberté, c’est là-bas qu’elle est entérrée! ». Ce n’est plus une démocratie parce que depuis le 4 novembre 1980, date de l’élection comme président du monde (en gros) du plus mauvais acteur américain, Ronald Reagan, elle s’est transformée en trois décennies en « ploutocratie »: le fameux « 1% le plus riche des Etats-Unis » détient plus de valeurs financières que les 95% des plus pauvres. Waow… Bingo! Impressionnant pour des donneurs de leçons internationaux, chantres de l’Ordre moral ultra puritain et autres pièges à rats tel que le Patriot Act. Dans le même temps, on sait aussi de source sûre que les même lobbyistes qui font voter au Congrès les lois les plus atrocement répressives, se retrouvent entre eux le soir-même pour sniffer de la cocaïne à gogo sur le corps dénudé de mannequins slaves, mineures et endettées.

    En cinéaste mondialement reconnu du « 11 septembre » et de la défense des opprimés d’un système capitaliste poussé à l’extrême de ses possibilités destructrices, Michael Moore s’emploie d’emblée à démonter la mécanique des expulsions, filmant des déménageurs protégés par la police armée jusqu’aux dents en train de jeter à la décharge publique les meubles de prolos qui ont eu montre en main un mois pour décamper et ainsi perdre le fruit du travail d’une vie, sans même savoir où il vont pouvoir dormir. Pas dégueulasse non plus dans le style abject : une entreprise (vous découvrirez laquelle dans « Capitalism, A Love Story ») parmi les plus riches du pays voit l’une de ses employées mourir de maladie. Elle avait 26 ans, l’âge le plus rentable: son décès a rapporté 81000 dollars à sa boîte, qui n’en a pas reversé un seul à la famille éplorée et surendettée de 100000 dollars pour les frais médicaux + 7000 pour les obsèques de sa fille. Sauf que voilà, la page est tournée, grâce à Obama qu’on a envie d’embrasser sur la bouche, maintenant, c’est la Sécurité Sociale pour tous les pauvres! Et que Bush Senior, Junior et consorts restent surtout à picoler leur Budweiser dans leur giga propriété du Maryland et à jouer à vie au lancer débile de fer à cheval.

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    ATTENTION LES JEUNES, LES VIEUX VONT MORDRE!

    Mardi 10 novembre 2009

    Par Philippe Vecchi

    ingridbergmanPhoto: Ingrid Bergman

    Tandis que la décennie qui s’annonce toque âprement à la porte de 2009, un fait est avéré: on va encore se prendre un détestable coup de vieux. Sauf les jeunes. Or, l’un des embarras de ce siècle galopant, c’est que «vieux», pour ceux qui pensent ne pas l’être encore, ça commence de plus en plus tôt. A quel âge bascule-t-on dans la catégorie «Boulevard du crépuscule»? Qu’est-ce qui nous dit qu’Alzheimer ne va pas nous sécher en pleine quarantaine? Mais quelle est la date réelle de péremption d’un citoyen expulsé de l’une des catégories reines des annonceurs publicitaires à la télévision, les «15-35» ans? Les «ménagères» de plus de 50 balais seraient-elles tellement « out » qu’on ne percevrait plus l’utilité de spéculer sur les dividendes de leurs fonds de pension? C’en est trop. Cet article plaisantin et partial vaudra donc mini-pamphlet. Quand le papy-boom va leur exploser aux maxillaires, dans une France où les centenaires semblent se reproduire (hors canicule) comme des lapins (de garenne), les jeunes ne seront plus assez nombreux pour que n’opère pas, manu-militari, une authentique politique de vieux cons qu’ils auront bien méritée. Ourdie dans l’ombre, à coups de chaînes câblées ciblées seniors style « Vivolta », et de magazines avec cigares et golf pour sexagénaires ex-hippies (mais hélas, Jean-François Bizot, créateur d’ »Actuel » et de « Radio Nova », est mort), la dictature de l’anti-jeunisme se prépare. Même que dans vingt ans, on ne parlera plus de «racaille» délictueuse, mais de l’exponentielle délinquance sénile. Qui ne lassera pas de stupéfier. Aujourd’hui et régulièrement, des septuagénaires japonais à la rue poignardent au hasard, blessent et tuent dans les files d’attente, pour finir leur vie en taule, un peu plus au chaud.

    actuel1Photo: Magazine « Actuel » crée par Jean-François Bizot.

    Lors d’une de ses «Nuits», la radio France-Culture fut l’une des toutes premières à lever le lièvre, voilà de cela six ans. On aurait aimé voir les images correspondant à ce qui fut narré, rapport à la croissante proportion de voyous chez les vieillards dans les camps de retraités de Miami. Plus de 50000 personnes dans des concepts villes (ambiance «la Croisière s’amuse à mort»); et des octogénaires tranquilles, pistonnés par les édiles politiques du coin, qui se prennent à partir méchamment en sucette: viol sur voisine de 74 ans, fréquentes agressions à tremblante main armée, vol à l’arraché avec délit de «fuite claudicante»; on se croirait dans un remake gorissime de «Cocoon» par David Cronenberg bourré.

    affiche-1

    Photo: Affiche « Cocoon » de Ron Howard

    On vous le glapit, dans les temps futurs, le Viagra sera l’ecstasy des soirées où s’éclater à l’extrait de camomille-bière. Il n’y aura plus de «Taxi VI» ou de «Fight Club» pour amuser la galerie postado acnéique. On ira voir «les Enfants du marais numéro 4» et «Gaston Dominici contre le fantôme de Tatie Danielle». Et quand les moins de 25 printemps ne représenteront plus que 13,3% de la population, courbés sous la férule vengeresse des «65 ans et +», on s’apercevra qu’ils auraient dû écouter les vieux d’avant.

    affPhoto: Affiche Citizen Kane

    Que Fellini leur soit aujourd’hui inconnu, et alors? Qu’ils ignorent qu’Orson Welles réalisa «Citizen Kane» à 29 ans, Truffaut «les 400 coups» à 27 ans, Coppola «Dementia 13» à 24, ou encore que Steven Soderbergh devint le plus jeune palmé d’or de l’histoire de Cannes à l’âge de 26 ans, passe encore. Mais qu’ils nous infligent l’actuel torrent de « Secret Story » et autres bouffonneries musicales décervelantes, c’est le genre de faute de goût qui ne se rattrape pas. N’oubliez pas que le chanteur des 2B3 en est mort. Cher jeune, laisse nous te donner un conseil lecture pour toute ta vie: mets la main sur un livre rare, inouï, signé d’un réalisateur italien tellement cacochyme qu’il en est mort, Roberto Rosselini. Avec l’actrice Ingrid Bergman, il forma l’un des couples les plus classes qu’il ait été donné de voir. Extrait de «la Télévision comme utopie» (Cahiers du cinéma/Essais): «Les découvertes sur le fonctionnement du cerveau, inaugurées en 1962, nous signifient que, dans le meilleur des cas, nous n’utilisons que 10% de nos capacités. Et que faisons-nous? Nous nous laissons entraîner par notre tendance au délire et nous avons abandonné complètement la recherche de la rationalité, une aventure pourtant merveilleuse. Acquérir plus de connaissances est une entreprise aussi belle que celle qui consiste à développer le monde de l’imagination. Cela relève moins de l’onanisme et c’est plus constructif». Traduction (au cas où, hein): «onanisme» = «de la branlette».

    Marcello MastroianniPhoto: Marcello Mastroianni

    Celle-là, cher ami jeune, relis la in extenso s’il te plait -sans faire «lol» de préférence- et n’oublie pas ce que nous raconta un beau jour le réalisateur italien récemment défunt (à l’âge de 90 balais), Dino Risi, à l’issue d’une projection privilégiée à deux de son génial «Fanfaron». Quelques temps plus tôt, il avait surpris une paire d’amis, déjà très vieillissants, l’acteur Marcello Mastroianni et le cinéaste Marco Ferrerri, en train de mater un documentaire animalier. Assis côte à côte. Main dans la main. Muets. Dégoûtés des hommes. Ça calme.

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